jeudi 8 avril 2010

Jeune homme rénove appartement


Quoi qu’on puisse en penser, la décision de rénover un appartement ne se prend pas sur un coup de tête. Il ne s’agit pas d’acheter une paire de chaussures ou de s’empiffrer de frites. C’est une décision qui se veut longuement et murement réfléchie, calculée, planifiée. Un bel après-midi d’hiver, on signe alors un papier décisif, celui qui semble dire : « ca y est mon vieux, maintenant, t’es vraiment dans la merde ! »

La rénovation d’un appartement est une sorte de rite initiatique qui symbolise le passage à un âge critique où l’on commence à prendre des anxiolytiques, où l’on s’inquiète du rendement de son compte en banque et où l’on ne mange plus trop tard le soir car, sinon, on a l’estomac lourd. C’est, semble-t-il, un passage courant chez l’être humain moyen : celui qui peut prétendre à posséder ses murs, mais malheureusement pas à les payer au prix fort.

Tout commence par un élan de motivation extrême. On casse des murs, on déblaye des pièces, on arrache du vinyle. Chaque jour passé dans le futur petit nid est une forme d’accompli : on bombe le torse et on sourit de fierté d’avoir pu, dans sa plus grande inconscience, porter quelques briques et planter quelques clous. Cependant, après avoir pu ajuster le niveau d’huile de ma voiture pour la première fois à 28 ans, j’aurais dû me douter que l’aventure ne serait pas sans provoquer quelques sueurs froides.

Rapidement, on se rend compte que, même si l’on est le meilleur gestionnaire de projets qui soit, l’expérience de la rénovation réserver un tas de petites surprises agréables, sorte de grands coups de pelle dans la tronche, qui vous obligent à revoir votre plan de travail tous les deux jours. On finit par comprendre que le mot « planifier » n’a plus beaucoup de sens et on se résigne à subir les coups du sors : « On t’a pas dit qu’il fallait chauffer pendant un mois avant de mettre le parquet ? Han !? » ; « Ha…va falloir refaire l’alimentation d’eau…parce que là ça va pas hein…nan, ca va pas… » ; « Dis, je suis malade, je vais pas pouvoir venir terminer ton chauffage ». Après quelques semaines, plus rien n’étonne. L’appartement devient le lieu d’une joyeuse débauche de matériaux dont on a l’impression qu’on en fait des tartes vu la vitesse à laquelle ils disparaissent. Les dépenses explosent, le budget diminue et on s’imagine rapidement en train de vendre sa collection de DVD sur eBay pour pouvoir acheter la vanne du radiateur de la salle de bain…

Il y a aussi un mystère étonnant que je n’ai pas encore résolu. Plus on détruit de choses, plus il y en a à détruire ! On a tellement vidés de décombres en tous genres que lorsqu’on arrive au parc à conteneurs, on nous fait la bise et on nous offre une bière. Et quand vous pensez que c’est enfin terminé, le doux murmure de la scie circulaire annonce la prochaine saignée. D’ailleurs, certaines saignées sont tellement grandes que j’ai décidé de les appeler des tranchées, de m’y cacher et d’y faire la guerre à toutes formes de bricolage!

Comme vous l’aurez compris, l’aventure devient rapidement atroce. Le moral s’enfonce jusqu’aux chevilles, les esprits s’échauffent et quelques paroles maladroites se perdent. On s’endort en pensant à des tuyaux de cuivre, on rêve de plaques isolantes et l’on se réveille avec des saignées abominables dans tous les murs. La vision des magasins de matériaux et bricolage vous file la nausée et certains mots provoquent d’étranges spasmes parmi lesquels : manchon, Gyrpoc, MP75, compteur électrique, volige, isolation ou encore sable du Rhin et Hubo.

Après bientôt 3 mois de travaux, quelques constats peuvent être réalisés :

-Je n’ai plus une chaussure ni un manteau qui n’ait été la victime de poussière de plâtre, de ciment frais ou de la douce caresse d’un bloc Ytong ;
-J’ai perdu 9Kg de graisse que j’avais mis des années à mettre de côté ;
-Je dors en moyenne 5h par nuit et parfois, je m’éveille avec l’horrible envie de vérifier si l’on a acheté les bonnes vis pour le Gyproc ;
-Ma capacité pulmonaire a diminué de 20%, résultat de la respiration de l’équivalent de 8Kg de poussière ;
-Je peux maintenant conduire un petit camion plateau, (mal) enduire du Gyproc, faire la différence entre une vis à bois et une vis à Gyproc, manger un sandwiche assis par terre avec les mains dégueulasses et dégonder un porte en moins de 7 minutes.

On peut également tirer quelques conclusions intéressantes de l’expérience :

-Quand on vous dit « Fais-moi confiance ! » ne faites SURTOUT PAS confiance. C’est une erreur de débutant, certes, et qui cause de sacrés ennuis ;
-Quand on vous dit « ca va aller ! », ne le croyez pas. Ca ne va jamais. Il faut toujours prévoir plus de temps, plus d’argent et plus de Xanax ;
-Demandez à votre banque 10.000€ de plus et entourez-vous de véritables professionnelles du métier, sans avoir mal au cœur de dépenser de l’argent pour ça ;
-Quand on vous dit « tu vas voir, c’est facile », préparez-vous à devoir trouver quelqu’un pour faire la tâche à votre place, vous n’y arriverez pas ;
-Ne sous-estimez jamais les bienfaits d’un véritable dimanche de repos.

Pour nous, la sentence est tombée : nous allons bel et bien déplacer nos meubles fin du mois dans le nouvel appartement et pour cause, notre bail se terminera le 1er mai et la maison doit être libérée. Il est plus que probable que nous vivrons dans une tente Décathlon, nonchalamment déployée sur la chape du séjour, dans un appartement privé de chauffage, d’eau et d’électricité. Nous irons chercher l’eau au puits, nous frotterons des silex pour faire un feu de camps, nous nous laverons dans une bassine et nous mangerons des raviolis en boite, froids, si tant est qu’on remette la main sur l’ouvre-boite, enfui dans une des 217 caisses qui seront éparpillées de la cave au grenier.   

Je ne suis pas encore arrivé au bout de l’aventure mais tout porte à croire qu’après cela, effectivement, je ne serai plus le même homme ! A la grâce de Dieu…

vendredi 12 février 2010

Chroniques d’un valorisateur : Poliment vôtre

Dans le monde fabuleux de la valorisation, la politesse est de mise. On se vouvoie, on se salue bien bas, on s’appelle « Monsieur » ou « Professeur » ou « Docteur » ou même, parfois, « Monsieur le Professeur Docteur ». Moi, je suis partisan des grosses baises, des « tu vas bien » et autres « quoi de neuf, chou ? ». Mais, apparemment, ce sont des pratiques hautement déconseillées dans le monde de la valorisation, sauf entre proches collègues (mais pas trop proches quand même !).

Récemment, j’ai salué le recteur de l’université que j’ai croisé au détour d’un couloir, sûr de ma formule et du choix de mes mots : « Bonjour monsieur le recteur ! » A proximité, un vieil ancien (c’est pout dire !) de la Faculté. Je m’entends alors dire : « Il faut une majuscule à Monsieur et à Recteur, tu sais ». Je suis resté émerveillé devant cette remarque extraordinaire : certaines personnes parviennent à distinguer les majuscules à l’oral. Je dis Waw !

Dans la foulée, je reçois l’appel d’un professeur qui, d’entrée de jeu, attire ma plus vive attention. « Monsieur Pardo, je me permets de vous saluer en cet après-midi. Je me présente, ***** *****, professeur, docteur et chercheur dans le pôle **** de la Faculté. Il m’est venu une demande que je désirerais vous adresser. M’autorisez-vous à vous adresser cette demande ? ». A ce moment précis, je me suis senti plus important que jamais. Je débordais d’un sentiment de pouvoir intense et cherchais déjà autour de moi quelque couronne improvisée à me mettre sur la tête pour compléter le tableau. Et dans ces moments, on a la sordide envie de répondre : « Non ! » et de raccrocher. Tiens ! Prends ça ! Cependant, armé de la politesse la plus exemplaire, je m’exprimai, en free styling : « Bonjour Monsieur ***** *****, j’accepte volontiers d’entendre votre demande et de la considérer ». Ce fut du plus bel effet ! L’homme a dès lors exprimé sa demande avec finesse et circonspection : il souhaitait connaître le numéro de fax du service de valorisation… soit !

Dans la même journée, je reçois l’appel d’une agence de communication où le client est roi. A ce point tel qu’ils prennent la peine de comprendre mieux que vous et avant vous quels sont vos besoins. « Monsieur Pardo, je comprends tout à fait votre opinion et je m’y rallie totalement. Cependant, je pense que vous n’avez pas complètement saisi la nature de vos besoins et, si vous l’acceptez, je me propose de les exprimer pour vous. » Avant de tomber de ma chaise, j’ai pris le soin de répondre : « Vous aurez donc compris que pour l’instant, mon besoin, c’est de ne plus vous parler ». J’ai pu, à ce moment précis, satisfaire mon envie diabolique d’un raccrochage au nez. Il a rappelé 4 fois, et j’ai supposé qu’il comprendrait bien assez tôt mon besoin d’avoir la paix.

Outre la valorisation et son monde fabuleux, le poliment vôtre se présente aussi dans la quotidien. C’est ainsi qu’en téléphonant chez mon gestionnaire de réseau électrique pour une information, je suis accueilli de la sorte : « Bonjour et bienvenu chez Ores. Je m’appelle Mathilde et je suis prête à répondre à vos questions ». Mis en confiance, je balance mon explication. La gentille dame m’écoute, me conseille et, Ô joie, se détend un peu. Après quelques minutes seulement, c’est le drame. Mathilde se rend compte qu’elle déroge complètement au protocole et dans un élan de professionnalisme, se reprend : « Monsieur Pardo, me permettez-vous de vous faire patienter quelques secondes afin que je vous transfère au service adéquat ». Quelle déception ! Déjà, moi, on ne me transfère pas aussi facilement. Puis, à la question « me permettez-vous » j’ai toujours envie de faire mon sale gosse et de répondre non. Enfin, je n’aime pas le mot « adéquat ». Bon prince, j’ai accepté le transfert ainsi que la formule de clôture : « Monsieur Pardo, Ores vous remercie de cet agréable entretien et vous souhaite une excellente journée. ».  Impressionnant d’aisance !

Sur ces bonnes paroles, je m’en vais me préparer à recevoir le Recteur pour une réunion de service et à articuler distinctement les majuscules…je ne voudrais pas commettre l’impaire de l’impolitesse.

Veuillez accepter, chers lecteurs, l’expression saluante des mes sentiments dévoués les plus distingués ! Et toc !

samedi 2 janvier 2010

Résolutions résolument bonnes pour 2010


Si je ne suis pas le plus fervent des conservateurs, je tiens quand même à cette tradition de début d’année qui veut que l’on prenne des bonnes résolutions qu’on ne tiendra pas très longtemps. C’est une tentative courageuse de l’être humain qui profite d’un moment symbolique de renouveau pour imaginer tout ce qu’il pourrait bien faire de l’année nouvelle… Je vais donc m’y coller publiquement afin de laisser une trace tangible et officielle de ces résolutions résolument bonnes pour 2010 !

Améliorer mon côté manuel


N’y voyez rien de sordide, s’il vous plait ! Mais depuis que j’ai mis à niveau l’huile de mon moteur (je parle au propre, entendons-nous bien !), je me suis pris d’un désir fulgurant d’améliorer mes capacités manuelles. Preuve en est qu’il y a quelques jours, j’ai moi-même cousu un bouton ! Avec du vrai fil et une aiguille avec un trou dedans. Oui ! Une période intense d’abattage de mur, de détapissage, de béton et de plâtre arrivant à grands pas, je risque de devoir prendre cette résolution à bras le corps.


Faire plus d’exercice physique


Je ne me mouille pas ! Chaque année, je parle de faire du sport. Mais ce mot veut tout et rien dire et souvent, il implique une intense transpiration, des shorts très courts et une domiciliation mensuelle qui blesse bien vite le compte en banque. En parlant d’activité physique, je peux inclure de monter plus souvent les escaliers, de placer le chocolat dans l’armoire la plus haute pour l’atteindre moins facilement, de me garer encore plus loin du bureau. J’y inclus également d’utiliser le ballon de femme enceinte qui traine dans ma chambre pour retrouver ces muscles dont tout le monde parle tant et qui se trouveraient, apparemment, du côté du nombril. Je vous rassure, pour l’instant, rien à l’horizon…


Se laisser vivre


S’il y a bien une chose que j’ai appris en 2009, c’est que les mots « rentabilisation du temps » sont de véritables instruments de tortures. 2010 sera l’année de ma zenification ! Je vais prendre du temps pour glander, lire des livres de Bernard Werber, jouer à la super Nintendo, planter du maïs dans mon champ virtuel, regarder Dexter et Californication sur mon nouveau iPod Touch, jouer du piano et faire des photos. Sans stress, sans obligation, sans échéance. Me lever à 11h le samedi et passer 4h chez IKEA même si je n’ai besoin de rien. Nourrir des poissons virtuels, trouver ça inutile et en rire. Je compte même me faire un dimanche-pyjama par mois ! Na !


Etre plus franc et honnête en toute diplomatie


Un autre enseignement de 2009 est celui-ci : « Les gens peuvent entendre ce qu’on a à leur dire, ce que l’on pense vraiment, sans faux détour, sans mensonge même de bon cœur ». Et c’est ainsi que j’ai une envie de dire ce que je pense à tous vents. La véritable amitié, paraît-il, se fait aussi dans l’écrin d’une honnêteté sans borne qui, si elle n’a pas pour vocation d’être blessante, doit rester objective. Ne m’en veuillez donc pas si je vous dis que votre pull ne vous va pas, que votre copain est possiblement gay ou encore, que vous devriez vraiment arrêter votre obsession pour les Schtroumpfs. C’est pour votre bien. Prenez un Xanax et allongez-vous, ça ira bientôt mieux.

Etre créatif et débordant


Comment ça, ce n’est pas une résolution ? Hé bien si ! C’est une des seules résolutions que j’arrive à tenir chaque année. Et j’en suis fier. Je veux déborder de créativité, inventer n’importe quoi à n’importe quelle heure et ne pas en réaliser la moitié. Je veux rire aux éclats avec tous ceux que j’aime, m’éclater sur les jives et les cha-cha du club de danse, publier des centaines de photos sur Onirys, créer des concepts et des trucs et des machins. Et rêver…toujours rêver…car c’est comme ça que je me sens le mieux vivre.

Point trop n’en faut ! 2010 ne comptera que 365 jours qui, chacun, ne porteront que quelques 24 petites heures. On en fera le meilleur usage, c’est promis.
Me reste à vous souhaitez à tous une année de douce folie en espérant pouvoir partager quelques unes de vos démences…

lundi 28 décembre 2009

Et de Paris, il fallut revenir...

Il y a quelques semaines de cela, un heureux concours de circonstance nous permit de réserver un petit hôtel en banlieue parisienne, non loin du centre (en parisien, cela veut dire 45 minutes en transport en commun) et tous frais payés. Trop heureux de pouvoir admirer la capitale en ces temps d’obèses Pères Noël et de grasses tartiflettes, nous avons sauté sur l’occasion (sans la blesser)…ainsi que sur le premier TGV en partance de Lille. Mais voilà, d’aventures en aventures, les éléments vous font parfois payer le prix de votre chance.

C’est ainsi que le matin du départ, nous nous sommes levés avec la neige qui, ce jour-là, à cette heure-là, avait décidé de recouvrir la région d’un blanc manteau de 20cm. Et nous le savons tous, en Belgique, 20cm de neige, c’est ce que l’on appelle une catastrophe naturelle. Bref, notre courage à une main et la seconde vitesse de la voiture dans l’autre, nous bravâmes (n’est-ce pas !) l’élément poudreux jusque chez belle-maman et beau-papa. Car ce jour-là, c’est à eux que nous avions décidé de faire appelle (et confiance !) pour nous amener à la gare et prendre le départ. Mais beau-papa et belle-maman, c’est tout un roman…

N’oublions pas, d’abord, que je porte un respect total et une affection particulière pour ces personnes. Chez beau-papa, ce qui est beau, c’est l’insouciance de son regard et sa manière de parler de la dernière promo de chez Carrefour au milieu d’une conversation sur la guerre en Iran. Chez belle-maman, ce qui me plaît, c’est son caractère protecteur et sa vigilance en tout et pour tout. C’est ainsi qu’après de longs kilomètres à 30 à l’heure, nous arrivâmes au point de rendez-vous.

Comme on peut s’en douter, nous étions loin d’être en avance. Certains, même, auraient pu affirmer que nous étions en retard. Diable ! Perdus dans les ablutions solennelles de salutations familiales, nous ne voyons pas le brave beau-papa qui, soucieux de ses clients et de sa belle-mère, décida que le moment était approprié pour livrer deux bonnes tartes au sucre. John ne perd pas son sang froid et, très calmement, s’en va prévenir belle-maman que : " Beau-papa est parti sans nous, avec la voiture, est-ce normal?" Quelques cris et soupirs de désespoir plus tard, nous arrivons sur le quai et attrapons néanmoins nos wagons pour la France.

Malgré une arrivée avec une heure de retard, nous avons profité du court séjour comme il se doit. On a mangé de la tartiflette, un bretzel, des sandwiches bien gras, une crêpe au Nutella et des marrons chauds. Ca, c’était fait. Montmartre, Champs-Elysée, Saint-Germain, Saint-Sulpice, Saint-Foie-Gras et Place du saucisson…le séjour s’achevait déjà et la Gare du Nord nous accueillait de nouveau. Sans beaucoup de surprise mais avec un agacement certain, nous apprenons que notre TGV de retour aura 1h15 de retard. Armé de bouteilles de Sprite et de madeleines écrasées dans nos sacs, nous nous rongions les ongles dans un calme olympien… Cela ne faisait que commencer… Je vous le disais, 20cm de neige et le pays est en état de siège!

Finalement, notre TGV arriva avec plus d’1h30 de retard à Lille, ce qui nous fit manquer deux correspondances pour la gare de Tournai. Heureusement, beau-papa et belle-maman sont là. Ils sont donc prévenus du retard substantiel et informés de l’heure et du lieu exacts(je dis bien exacts!) de notre arrivée. Histoire de rendre l’attente plus douce, nous nous jetons sur le premier Buffalo Grill que nous croisons et dévorons, en 30min, un souper bien mérité. Sûrs de nous et déjà plus de 2h en retard sur notre retour prévu, nous montons dans le train, confiants en l’avenir… Mais à l’autre bout de la ligne, belle-maman et beau-papa avaient trouvé le repos du guerrier au fond de leur fauteuil douillet…

C’est ainsi qu’à notre arrivée, par acquis de conscience (et quel acquis !), Nous appelons belle-maman qui, dans un soupir entre songe et ronflement nous averti que beau-papa n’est pas encore parti…pire, même, il dort ! Exaspérés, nous ne pûmes que laisser échapper quelques grognements. Perdus face à la gare de Tournai, dans un froid de canard, avec nos bagages à nos pieds, en proie à tous les clodos du coin…le tableau ne nous amusa guère. Il fallait, encore, prendre notre mal en patience. Mais surtout… survivre !

Le temps passa, passa et passa encore. Et ainsi jusqu’à ce que beau-papa, décontenancé, fasse un dernier appel, l’ultime cerisette sur le gâteau déjà bien gros. Je vis alors le visage de mon brave compagnon d’infortune se ternir d’une étrange douleur et l’entendis prononcer en articulant exagérément et avec une fureur certaine : «TOURNAI papa, TOURNAI, T-O-U-R-N-A-I ! TOURNAI ! Pas Antoing, TOURNAI !». Hé oui, sur les conseils fort peu judicieux de belle-maman, beau-papa nous attendait (bravement, précisons-le) sur le quai d’une mauvaise gare…

C’est ainsi qu’il nous fallut 5h pour faire Paris-Wiers et que notre séjour s’acheva sur un sommeil bien mérité avec, pour ma part, une pensée attendrie pour mes beaux-parents qui, malgré une bonne volonté avérée, n’avaient pu vaincre les songes de Noël qui, entre neige et retard de train, les avaient emportés bien loin…




lundi 7 décembre 2009

Un petit pas pour l’humanité…

Mais un grand pas pour John! La semaine dernière fut riche en émotions et je me suis dit que j’avais suffisamment délaissé cet espace d’épanchement scriptural que pour m’y remettre de plus belle. Surtout que depuis la fois où j’ai percé mon premier trou dans un vrai mur avec une certaine émulation, c’est la plus grande avancée de ma vie… J’explique…

Il y a quelques semaines de cela, alors que je conduisais gentiment entre ici et là-bas, ma Clio m’assène, comme un coup de masse, un message tout aussi agressif que coercitif : «Réajuster le niveau d’huile !». J’avais entendu dire dans des histoires pour grandes personnes que, en effet, il y avait de l’huile quelque part dans les voitures et que parfois, il fallait en rajouter. Mais moi, innocent et naïf, je m’étais toujours dit que les légendes étaient belles et que cela n’arrivait qu’aux autres. Erreur ! En cette journée pluvieuse d’autoroutes, cela m’arrivait à moi ! «Pourquoi !?!», m’exclamai-je avec force et vigueur, «qu’ai-je donc fait pour mériter pareil châtiment ?», sanglotais-je alors. Je me repris rapidement car je suis quand même un homme (si !) et décidai de trouver une solution…

Je n’allais quand même pas me laisser faire de la sorte ! Réajuster le niveau d’huile ? Et puis quoi encore ? Repeindre des châssis ? Carreler une terrasse ? Tapisser ? Purger un radiateur ? Non, non et non. On commence par réajuster l’huile et on finit esclave du tourne-vis et de la scie circulaire. C’est pourquoi je décidais de nier ostensiblement les messages insistants de l’automobile qui ne cessa de me rappeler que ce foutu liquide de graissage venait à manquer. Je me portai très bien de ce déni manifeste jusqu’au jour où l’on me fit comprendre que je risquais la vie du véhicule…et surtout celle de mon compte en banque. Arf ! Penaud et résigné, je commençai à me faire à l’idée que j’allais devoir me salir les mains moi-même… il le fallait !

Je me mis donc à inspecter les encyclopédies, les sites Internet, les médiums et les témoins de Jehova mais tout cela ne me rassurait guère (particulièrement les Jehovas). A bout de nerfs et psychologiquement fragile, je me résolus à prendre la manuel d’instructions de la Clio : pages glacées, photos en couleur, paragraphes courts…tout devenait enfin possible ! Une grande respiration et la lecture commença… mieux qu’un Jules Vernes, je découvrais les mystères insondables de la mécanique automobile et les termes aussi farfelus que «bielle», «bavette», «injecteur» ou encore «piston». Tout cela me fit rêver à des mondes imaginaires où des centaines de Minipouces se cachent dans la machinerie et pédalent très très vite (surtout quand on va sur l’autoroute) pour mettre en œuvre l’incroyable engin et réajuste EUX-MÊMES l’huile de moteur quand elle vient à manquer !

Il fallut commencer par acheter l’huile. Je fis preuve de ruse, je l’avoue, et déléguai cette tâche à une tierce personne qui me satisfis grandement. Peu après la réception de la fabuleuse bouteille, le courage à son paroxysme, je compris qu’il était temps pour moi de réaliser l’acte. Et c’est ainsi que je soulevai le capot sans m’inquiéter des dépôts grisâtres qui se déposaient sur mes mains. Je sortis la jauge (ce qui me plus beaucoup, je dois l’avouer) que j’essuyai au moyen d’un vieux chiffon (comme conseillé dans le manuel) et que je replongeai dans je ne sais quoi et qui eut dû ressortir tout noir. Comme on put s’y attendre, le niveau d’huile était bas, très bas. Je m’empressai alors de vider le contenu de la bouteille dans un autre je ne sais quoi qui, par la logique des choses, devait être relativement identique au premier je ne sais quoi. Une fois fait, je m’assurai d’avoir tout rempli, rebouché, serré, fermé, essuyé. Mes mains dégoulinaient de bonheur et de bravoure, matérialisés par de jolis chamarrés de noir et de gris.

Quand je mis le contact (30 minutes après avoir réalisé l’appoint, c’est le manuel qui m’a obligé à subir cette insoutenable attente), ma voiture me remercia enfin : «Niveau d’huile correct». J’en eus la larme à l’œil et en poussant un soupir de soulagement, je me sentis grandis. J’avais fait un pas de plus dans le monde réel des vrais adultes. Ce fut un petit pas pour l’humanité…mais un grand pas pour John…

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que quand je me mis à verser l’huile dans son contenant, je m’empressai d’appeler le sauveur universel de toute situation problématique : papa !
- Papa, je suis en train de réajuster le niveau d’huile de ma voiture…
- QUOI ? MAIS ENFIN !? Pourquoi ne pas m’avoir appelé ? T’es fou ? Mais heuu…
- Papa, du calme. Je contrôle la situation…
- * silence de doute *
- Je me pose juste une question… j’ai un doute…
- …hummm ?
- Sur la jauge, l’huile est noire…mais dans la bouteille, elle est jaune…c’est normal ?
- …
- Papa ?
- …c’est parce que dans la bouteille, elle est propre…
- * silence de honte *

...ce fut un grand pas pour John… !


dimanche 29 novembre 2009

Chronique d'un valorisateur: mot compte triple

Un valorisateur, par définition, ça parle bien. Depuis la nuit des temps qui ont vu les valorisateurs naître (au moins 20 ans), l’art et la finesse du palabre est la panacée de mes semblables…pour certains plus que d’autres d’ailleurs. Je n’étais pas conscient de cette étonnante réalité jusqu’au jour où…

J’étais assis, fesses enfoncées dans le velours de mon siège, à écouter un homme avec un gros ventre, des lunettes au bout du nez et une cravate extravagante aux motifs de cartes à jouer des années 60. Il articulait exagérément, comme s’il parlait à une assemblée de manchot maltais et en espérant se faire comprendre. Quand soudain, après un soupir de désespoir, il lança dans l’assemblée : « Si cette réalité vous semble absconse, elle n’en reste pas moins ubuesque ». Mon esprit explosa d’un Waw ! d’admiration.

Je devins donc plus qu’attentif aux expressions alambiquées qui se tramaient, toujours impromptues, lors de divers meeting. Je pus, ainsi, entendre : « Me voilà donc mari de tant d’indigence ! » ou encore « notre discussion ne me semble pas féconde du point de vue intellectuelle » et même « Il faut que nous passions au bleu le neting de la ligne de précompte afin d’éviter le marasme ». Mes yeux brillaient de stupeurs alors que mon stylo, frénétique, ne manquait pas une occasion de mettre sur papier ces perles rares de jonglerie linguistique.


Le pire, c’est quand ils commencent à parler latin ! « Mais voyez-vous, in extenso, cela me semble impossible ! » ; « Nous entrons dans un véritable casus belli » ; « Il a pris cette décision ex-officio, ce qui est intolérable ! » et même « Nous devons réaliser les portraits intuitu personnae ». Moi qui n’étais déjà pas doué en version, je me prends à lancer des « c’est pas faux » qui m’échappent quelque peu…


Ceci dit, parfois, les valorisateurs se lâchent ! Ils se mettent à « bananer » à user des « esperluettes » ou encore à se lever « dès potron minet », ce que je trouve très drôle, pardonnez m’en. Parfois, aussi, je me laisse entendre des phrases dont le sens ne manque pas de m’échapper : « ce n’est pas un cas où tout le monde se mord la queue et inversement, voyons ! » ( ???) ; « Les chefs fatigués sont fatiguant ! » ; « Chez nous, c’est la lasagne mais en plus congelé… ».



Entre alors ces hommes et femmes de bonne volonté qui, malgré eux, sont dotés d’une intelligence supérieure et se doivent, en dépit de leurs interlocuteurs limités, d’utiliser le mot juste. J’ai donc vu se perdre des « palanquée », « saumâtre », « ingénierie collaborative », « technocratique » et autre « polysémie » (qui n’est pas un groupe d’îles paradisiaques).
Mais la palme en revient à ce brave homme qui devant un auditoire de 250 personnes s’est permis d’évoquer son passé d’adolescent en ces termes : « Je faisais preuve, il faut l’avouer, d’une sorte d’indiscipline rabique ». Et ma voisine, de se pencher vers moi : « Tiens, il est juif et il n’aime pas les rabbins ! »…et moi…de la croire… *honteux*

Je m’en vais donc proposer, pour le repas de mon service, un scrabble majestueux où chacun pourra jouer de son extraordinaire habileté et tenter le tant convoité « mot compte triple » du valorisateur. Et comme le dirais ma chef: « Que ne sera-ce, mes amis ! »…oui, que ne sera-ce… ?

jeudi 17 septembre 2009

Funérailles matrimoniales

Il y a quelques temps, j’assistais pour la première fois à un évènement des plus particuliers. On l’appelle enterrement de vie de garçon/jeune fille ou encore brûlage de pantalon/culotte. Force est de constater que personne n’est enterré (ce qui aurait pu être drôle), ni brûlé (ce qui aurait pu être encore plus drôle) et que les pantalons et les culottes demeurent (presque) intactes…

En fait, un « brûlage » (apparemment, c’est fashion de l’appeler comme ça et puis, on utiliserait « enterrement » que ça ne ferait carrément pas le même effet), c’est une sorte de baptême estudiantin amélioré pour deux personnes qui ont eu la mauvaise idée de vouloir se marier et qui semblent devoir être punies pour ce choix. Voyons cela de plus près…

Pour un brûlage réussi, il faut une bande de mâles hétéro et bruts, d’un poids moyen de 90Kg chacun, avec de vrais poils au menton ; une bande de copines hyper apprêtées qui n’aiment pas la bière ; 10 casiers de bière ( !) ; des pains et des saucisses (pour faire ce qu’on appelle des « pains-saucisses ») ; un tas d’accessoires douteux dont le but encore inavoué laisse présager le pire et, enfin, deux victimes (que l’on appelle aussi « futurs mariés »), innocentes et candides, que le bûcher du ridicule attend de voir flamber.

Après un accueil somme toute encourageant, les victimes s’aperçoivent rapidement que l’objectif des prochaines heures sera de les rendre aussi grotesques que possible. A ce que j’ai pu en saisir, une règle majeure est de séparer, au moins pour un temps, les hommes (les vrais !), des femmes. Ceci laissera l’opportunité aux mâles d’exprimer tout leur relent de testostérone et aux femmes de profiter d’un moment de calme et de sérénité. Les canines luisantes des bourreaux aiguisées, le spectacle peut commencer.

Ma condition biologique m’y contraignant, j’ai donc assisté à la partie « mâle » de l’aventure. Telle une horde de Wisigoths en manque de combat, le groupe de potes s’attaque au relooking du fiancé. Un string par ci, une jupe par là, un fabuleux corset et une touche de maquillage et le voilà biseauté pour un quartier mal famé de la gare du Nord. Les Wisigoths n’étant pas abonnés à Vogue, ils complètent le tableau d’un fabuleux tablier orné d’un énorme sexe poilu. Finesse et subtilité.

Les capsules s’éclipsent, les bouteilles s’entrechoquent de vide. Soudain, un homme d’un autre âge (que l’on appellera plus tard « l’homme à abattre ») que nous nommerons Robert s’approche de moi. Chasseur accompli, homo érectile, maître de toutes connaissances, seigneur de la bonne manière et de la bien séance. Robert aime : tuer les animaux, les chiens qui aiment tuer les animaux (les autres), les hommes qui aiment tuer les animaux (mais pas les chiens). Le brave bougre se met dès lors à m’expliquer comment prendre des photos. Quand d’un coup, au milieu de deux mots, un renvoi atroce vient s’écraser sur mon visage. Robert est un vrai, il rote, il pète et ce n’est sûrement pas moi qui pourrai l’arrêter.

Après quelques heures d’amusement fantasques et de ridicule, les braves se rejoignent pour un fabuleux barbecue en musique. L’ambiance se détend et les victimes, finalement épargnées, retrouvent un état correct. Les saucisses grillées rejoignent les pains, la bière enivre de plus belle. Bien vite, je me suis rendu compte que mes amis Vodka et Martini allaient m’aider à prendre place dans l’ambiance. Un petit lancé d’œufs, une déclaration d’amour la bouche pleine de marshmallow, une culotte sale et du Nutella sur les orteils, voilà la toile d’une soirée sans queue ni tête…voire, juste sans tête… qui se terminera, pour moi, dans quelques discours philosophico-éthyliques avant un coma profond et reposant.

Après ces heures de sommeil, force est d’admettre que l’évènement n’est pas si traumatisant. Ce qui m’apparaissait comme un remake de « Il faut sauver le soldat Ryan » n’était en fait qu’un délire estudiantin gentillet, inattendu mais profondément bon enfant. Lorsque Robert débarqua en notre logis, un chevreuil mort dans sa remorque, à 7h tapante, il me sembla juste de le désigner « l’homme à abattre ». Entre deux songes, je me pris à bafouiller : « L’Egypte avait ses sept plaies, ce village à Robert ! ».

J’avoue avoir revu les photos avec un plaisir certain. Et c’est probablement les sourires des futurs mariés qui’ m’ont fait reconsidérer cette improbable journée de funérailles matrimoniales. Je garde néanmoins un doute : les vies de jeune homme et de jeune fille ont-elles vraiment été…enterrées ?