Lors d'un repas anodin, je réclamais des histoires comme on en entend rarement, de celles qui nous font sourire, qui nous étonnent, qui nous laissent penseur. Une personne s'est levée, prête à raconter ce qu'elle disait être l'histoire la plus folle qui lui était jamais arrivée. Me regardant, elle me présente de la main et articule: "Mais...vous d'abord!"
Lorsque maman téléphone un dimanche matin, me sortant d’un sommeil profond, pour me demander de lui trouver deux tranches de fromage de chèvre et une bouteille de vin, la réaction est plutôt brutale. Au vu de l’urgence apparente de la situation (la crise du Chavrou serait-elle annoncée ?) et sous la pression de ma conscience de fils unique, je n’ai pas le cœur à refuser la requête. Il est 11h et je dois me rendre à l’évidence : la seule opportunité est le Spar de Wiers.
Le Spar de Wiers se situe entre le bunker irakien et les bâtiments communistes de l’ex U.R.S.S. Un cube étrangement grillagé qui ne laisse entrevoir que de faibles néons blancs sales, dont les horaires sont plus qu’approximatifs et l’enseigne brûlée par le temps. Mais surtout, c’est un centre social actif où les Wierois se rencontrent et retrouvent leurs racines villageoises. Le must du must de l’étude anthropologique. Après une nécessaire préparation psychologique, 3 Yakult et un antihistaminique, le départ est annoncé…
Bien évidemment, l’aventure commence par une pluie battante, histoire de mettre en place un contexte gris et sombre. Après quelques centaines de mètres, à peine éveillé de ma première tasse de café, nous rencontrons une première embûche qui porte le doux nom de « WIERS KUISTAX ». Les rues du bourg prennent donc de faux airs de Blankenberg en novembre, croisés avec un semblant de tour de France où les policiers, parfois improvisés, se chargent de bloquer la circulation pour éviter tout accident malheureux. (Chaque année, en Belgique, 0,4 personne décède d’un accident de Kuistax). Depuis la voiture, on voit passer, trempés, les courageux coureurs dont on se demande si la drogue n’a pas bousillé trop de neurones…
Finalement arrivé à destination, on pénètre alors dans un lieu surmené de l’activité des acheteurs. La foule est bigarrée (et non « bien garée », ce qui n’est vraiment pas le cas). A partir de maintenant, tout peut arriver. Direction boucherie/charcuterie. Un ticket. L’attente, interminable. -Pamela : Numero 29 ! -Simone :… -Pamela : 29 ! -Simone : … -Pamela : Personne le 29 ? -Simone : …Han ! 29 ! A si, c’est moi…
Les tranches de pâté se découpent avec précaution, le jambon se tranche lentement, le boudin se découpe au millimètre près.
-Germaine : Ca va Pam ? -Pamela : Oui hein, et toi ? -Germaine : Bha ça va ! J'ai bien fait de faire mon barb' (comprendre barbecue) hier, hein! t'as vu le temps? -Pamela: Han, ouais. -Germaine: Et j'ai eu la réunion de parents, là. -Pamela : Han, ouais. -Germaine : oui mais hé, j’en ai eu jusque 6h30, hein. Ce soir là on a mangé qu’il était passé 7h30. Mais après Yvon, il ne digère pas bien. -Pamela : Han, ça… -Germaine : Et il me faut aller chercher du Motilium, il n’en a plus ! -...
Et si on en parlait ? Si on prenait le temps de s’asseoir, ce dimanche matin, à 11h40, devant l’étalage de côtes de porcs, de saucisson de jambon et de salade de viande, pour discuter de nos problèmes digestifs ? Et comme pour mieux surenchérir :
-Pamela : Je te mets du salami à l’ail ? -Germaine : mon dieu, non ! Parce que l’ail … ça me revient !
On assiste alors à la déconvenue de Daniel lorsqu’il drague en vain Pamela, aux engueulades sans fin des six enfants d’une famille nombreuse, à la toux racleuse et grasse des petits vieux enrhumés. C’est lorsqu’on arrive à la caisse qu’on commence à souffler en se disant que le plus dur est passé. Mais bien sûr :
-Charlotte : Mho, il n’a pas de prix sur les bas -Yvette : Han ? -Charlotte, inspectant la boite : Mais non… -Yvette : Je ne sais pas moi… ils étaient là-bas, ainsi... -Charlotte : MAAAARRTIIIIIIIIIIIINNNNEEE !! C’est combien les bas ?
11h57, les néons s’éteignent et plongent le magasin dans une torpeur effrayante. L’entrée est refusée aux pauvres affamés à la recherche d’une Carapils, d’un paquet de chips ou d’un bâton de berger. Prestement, je sors reprendre la pluie, comme un rite de purification.
On rentre chez soi des images plein la tête, des odeurs plein le nez. En regardant les nuages gris pleurer leur amertume, on imagine sans peine les âmes repues de victuailles, sortir de l’antre comme des zombies et laisser derrière eux une odeur de sueur, comme un parfum d’accompli. Et finalement, on se sent un peu plus proche de cette communauté sans nom, qui à l’instar des chrétiens, profite du dimanche matin pour un moment de culte bien particulier… Amen !
John a besoin de 4 vis. Des petits trucs de 30mm de long, environs 4g la vis, discrets…bref, John a besoin de pas grand-chose. C’est le temps de midi, envie de s’aérer les neurones après une réunion magistrale…et pourquoi ne pas aller au Brico ? Hein ? Franchement ?
John va donc au Brico pour acheter ses 4 misérables vis. Alors qu’il est perdu entre les bétonneuses (!) et les planches de WC, les lumières s’éteignent soudain et un bruit de ferraille retentit. Avant que les zombies de «Dawn of th Dead» ne débarquent, je me dirige calmement (avec un soupçon d’appréhension dans la mâchoire) vers les caisses. Les Bricosiens semblent tous suivre le chemin de la sortie parce que bon, on ne sait jamais…un Boeing d’Air France qui disparaît en pleine mer, Nadal éjecté de Roland Garros, le mot Geek dans le petit Larousse 2010…alors pourquoi pas un attentat au Brico de Ghlin?
Les caissières sont paniquées ! Le volet de sécurité vient brusquement de se fermer ! Seules les lumières de secours fonctionnent. Les Brico-Girls (Nadine, 52 ans ; Francette, 48 ans ; Annie, 46 ans et Jenny, 28, interim) se retrouvent sans scanner, sans caisse enregistreuse, sans ordinateur de bord, sans micro d’appel à l’aide et…sans café! Les téléphones ne fonctionnent plus… Tout le monde se regarde et s’interroge…va-t-on mourir de faim? Va-t-on manquer la finale de la Nouvelle Star? Qui sera le premier à être mangé?
Après 15 minutes, une sorte de chef improvisé fini par hurler aux Bricosiens que nous fûmes alors (je précise qu’il ne s’agit cependant pas d’un incendie…) qu’un problème électrique a causé une surtension, que les circuits sont grillés et que le générateur de secours ne se met pas en marche. Nous attendons tous le passage où il nous explique comment sortir de l’enceinte, mais le bonhomme remercie déjà l’assemblée de sa patience et retourne finir son Twix.
Nous apprenons alors par Nadine que le monsieur ne veut pas ouvrir la grille manuellement car il a peur que nous nous enfuyons comme des voleurs avec 1 paquet de papier photo à 5eur, des lingettes synthétiques à 3,40eur, un tube de colle Pritt à 4,15eur ET…4 vis à 0,19eur la vis. Oh! L’ignoble! Penser ça de nous? Pauvres Bricosiens cadenassés entre les tondeuses à gazon et les fausses marguerites décoratives!
Après 15 min de négociation ferme, nous parvenons à convaincre bonhomme de nous laisser sortir par l’entrepôt à la condition unique de se voir visuellement fouillé avant le passage de la porte. Tels des otages en peine de libération, les gens filent en courant presque vers l’extérieur, heureux de revoir la lumière du jour. La prochaine fois, quand j’aurai envie d’acheter des vis, je piquerai du scotch au boulot, ca fera l’affaire!
Etre bloqué dans un Brico pendant une demi heure à cause d’une surtension électrique, il n’y a qu’à John que ça arrive…
Un voyage de sept jours dans une île grecque paradisiaque, ça vaut bien un petit article ! Plutôt que de vous décrire mes activités journalières à la mode « Martine en Grèce » ou de chanter les louanges du sable fin et de l’eau bleue, j’ai choisi de vous apprendre Zakynthos en 10 leçons. 4, 3, 2, 1, pastèque !
1. De l’île de Zakynthos
Le premier choc est à l’atterrissage : jusqu’au dernier moment, on n’est pas sûr de se poser sur le plancher des vaches…où devrais-je dire, le plancher des brebis ! On remarque rapidement l’azure de l’eau et dès la sortie de l’avion, on comprend pourquoi on n’a mis dans sa valise que des t-shirt et des shorts. C’est joli, c’est mignon, c’est dépaysant. Bref, ça a le goût des vacances et ça, c’est bien.
2. De la langue grecque
Au début, on pense que c’est de l’espagnol. Puis, on comprend vite que les borborygmes linguistiques ne sont autres que la version moderne du grec. Bénis soient ceux qui, dans leur prime jeunesse jésuite, ont eut la bonne idée de choisir l’option grecque : la lecture des panneaux, indications et autres informations n’en sera que plus facile. Moi, j’ai eu l’impression de voir partout la police de caractère « symbol » de Windows ! Après quelques jours, on assimile « Calimera », « Calispera », « Efahisto » et « Parakalo » : dans l’ordre, bonjour, bonsoir, merci, de rien. De quoi vivre 7 jours d’impeccable politesse.
3. De l’hôtel
Les hôtels ont tous des noms de rêves éveillés : Alexandra Beach, Iberostar Resort, Paradise Beach…nous, on a fait sobre : Tsamis Zante hôtel. Après un trajet périlleux en autocar (pas en bus hein, en AU-TO-CAR !), le petit bâtiment s’impose au milieu des oliviers. Accueil sourire, piscine et vue sur mer. Déjà, les odeurs de cuisine nous chatouillent les narines. Transat’ à gogo et cocktails en perspective… Mais chose étrange…on nous accueille en allemand !
4. Des allemands
Zakytnhos, si elle n’avait été grecque, aurait à coup sûr été allemande ! Si le dépaysement par le lieu était total, celui de la langue le fut un peu moins. Achtung ! Ils z’ont les moyens de fous faire parler ! Ils sont là, là et là aussi. Ils sont partout. Un allemand, ça parle fort, c’est gros et très laid mais aussi attendrissant car il n’en peut rien. Un allemand est chez lui partout où il pose ses valises. Si le buffet ouvre à 12h30, l’allemand est là à 12h29 ! L’allemand ne parle que l’allemand et, selon les rumeurs, il pisse aux quatre coins de l’hôtel à son arrivée, histoire de s’approprier le territoire. Nous avons décidé de rester dissidents et n’avons entonné que de bref « Angeführt ! 4 ! Encore ? » que les fans de Murielle Robin sauront reconnaitre.
5. Du bracelet jaune
A l’arrivée à l’hôtel, on vous explique les choses primordiales : où se trouve le buffet, à quelle heure on mange, où se trouve la piscine, le numéro de votre chambre et les jours où l’on sert de la choucroute (cfr. Point 4 !). On vous donne alors votre clé, la télécommande de la télé, celle de l’air co et…un bracelet jaune ! A l’instar de la cordelette orange (voir article du 11 mai), le petit bout de plastique attaché à votre poignet vous donne droit au sacrosaint et formidable « All in ». Le All In, c’est un concept génial. Ca veut dire que dans le prix, tout est compris sauf ce qui n’est pas compris. Vous avez de la sorte accès à une liste restreinte de choses que vous pouvez avoir à volonté. Avec le bracelet, vous pouvez boire de la bière dans des petits verres, manger de la fêta et des tomates, avoir du jus d’orange le matin et même boire un Daïquiri. Par contre, cela ne vous donne pas droit au cappuccino (mais bien au café frappé crème), au Martini, aux hot-dogs ou au jacuzzi. Note importante : une fois bouclé, le bracelet jaune ne s’enlève pas ! JAMAIS ! SOUS AUCUN PRETEXTE ! D’ailleurs, le seul moyen de l’enlever, c’est de le couper avec les dents. Vous comprendrez mieux pourquoi, sur les photos de vacances, tous les gens ont l’air de revenir de Werchter ou du Festival de Dour avec leurs petits bracelets colorés au poignet.
6. Des routes…
Quand on loue une Kia Picanto bleue à Zakynthos, on ne sait pas qu’il s’agit du début d’une épopée rallye. La carte fournie semble très aérée et pour cause, les auteurs préfèrent ne pas décourager l’intrépide conducteur. En même temps, conduire sur l’île est plutôt facile. La priorité de droite n’existe pas plus que celle de gauche. Se garer ? Pff ! Facile ! On s’arrête comme on veut, quand on veut, où on veut. La seule règle est d’enclencher les feux de détresse qu’on appelle là-bas les balises du tout-permis puisque, une fois allumées, tout est permis ! Les « grands axes » sont des routes de campagnes et les « routes secondaires » sont des sentiers ruraux. Les pentes à 10% se succèdent et la Picanto a parfois bien du mal à gravir les collines. Pas de panneau pour vous rappeler les limitations de vitesse puisque, d’évidence, l’état des routes ne permet à personne les excès. Ceci dit, le trajet aux airs de safari kenyan vous offre des vues imprenables de l’île sauvage et vous concède ainsi des souvenirs uniques entre l’angoisse des ravins et la crainte de la panne au milieu de nulle part.
7. Des villes de l’île
Le grec, c’est compliqué. Les noms de leurs villes, encore plus. Dès lors, on est contraint de trouver des moyens mnémotechniques pour se comprendre plus facilement. « Tsilivi » devient « Guili-Guili » ; « Gerakari » devient « Gare-au-gorille » et « Porto Vromi » devient « Porto Vômi » (mais ça, c’est seulement parce que c’est drôle !). Une ville à Zakynthos, c’est en fait une grande et longue rue bordée de restaurants, d’hôtels, de « super market » qui ressemblent à des superettes, de taxi, de voitures à louer et de shops-arnaque qui vendent des tortues en peluche, des essuies de plage et des portefeuilles. Et même que la nuit, c’est beau, ça brille et ça grouille de gens en tongs et en casquette qui sourient béatement devant les enseignes lumineuses multicolores.
8. De l’honnêteté grecque
Je ne peux m’empêcher de parler de l’honnêteté de nos amis helléniques. Pour mieux illustrer cette réalité, je me contenterai de cette adorable histoire. Une fois mes lunettes de soleils écrasées au sol une dizaine de fois, les verres explosés et la monture pliée, il me fallait une nouvelle paire de binocle. Direction shop-arnaque de Guili-Guili ! Là, on trouve des dizaines et des dizaines de lunettes de toutes formes, couleurs et marques. J’essaye les montures jusqu’à trouver celles qui me rendent le moins ridicule et me dirige vers le comptoir pour régler le vendeur. Je dépose les lunettes qui arborent deux crocodiles et la marque « LACOSTE » près de la caisse enregistreuse et sort de mon portefeuille le compte juste : un billet de 5 euros. L’homme au sourire attendrissant glisse les lunettes dans un petit étui et prend la peine de me préciser : « Ce ne sont pas des vraies, vous savez ! ». Han ! Surprise ! Tant pis, je les ai achetées quand même, les fausses Lacoste…
9. De la croisière obligatoire
Quand on visite Zakynthos, on ne peut décemment par repartir sans avoir participé à une croisière d’une journée pour faire le tour de l’île. Ce jour-là, il faut se lever tôt et parcourir la route jusqu’au port de la grande ville pour embarquer dans le bateau. Celui-là même qu’on vous a décrit comme le summum de la modernité et du confort, le must du best of de tous les bateaux qui proposent exactement le même trajet sur l’île. On vous promet également que vous verrez des dauphins, des tortues, des baleines blanches, des kangourous et si vous avez de la chance, un tyrannosaure! Accompagné par un CD 6 chansons jouées en boucle, vous terminez sur des bancs en bois mal cloués avec pour compagnie la fumée des moteurs dans les narines. Soyons cependant honnêtes, l’excursion est sublime, le vent chaud agréable et les points de vue à couper le souffle. Après une journée de navigation, le retour à la terre ferme est apparemment attendu par beaucoup : les gens (les allemands ?) se ruent en effet vers la sortie, comme s’ils voula ient tous vomir en même temps et s’entassent en se bousculant, histoire d’être le premier dehors. Nous en avons conclu que c’était probablement le jour de la choucroute et qu’ils ne voulaient pas manquer une seule saucisse.
10. Des vacances reposantes
Zakynthos, c’est vraiment se donner l’occasion d’un repos mérité. Le soleil qui vous dore l’épiderme, les légumes frais du buffet, l’air iodé d’une mer que vous ne vous lassez pas d’admirer. Les désagréments n’en sont pas vraiment et le voyage en vaut vraiment la peine. On rit, on se moque mais toujours gentiment (encore que…). On se prélasse, on se délasse, on se relaxe. Et le jour du départ, bien que content de retrouver le sol belgo-belge et notre petit chez nous, on quitte le bout de paradis avec un petit goût amer, une larmouillette à l’œil et l’envie de déjà penser à la prochaine destination qui transformera nos idées noires en marshmallow et nos tristes pensées en barbe à papa.
Quoi qu’il en soit, c’est quand vous voudrez que je retournerai volontiers me faire voir…chez les Grecs !
Quand on est valorisateur, on a parfois l’occasion de dépasser les frontières. C’est ainsi que Prague me tendait les bras avec un fabuleux colloque européen. On m’a expliqué que je logerais dans un bel hôtel mais pas trop, que je devrais porter une cravate, parler en anglais et assister à des ateliers très sérieux. En échange, je pourrais découvrir la ville dorée, manger local et boire de la bière même si je n’aime pas ça. Brussels Aireline prévenu de mon business travel, me voilà parti…
Valorisateur, c’est vraiment chouette. Quand on arrive à l’aéroport, il y a monsieur qui attend, une grande pancarte à la main avec votre nom en majuscule. Il vous accueille en disant des choses en tchèque et comme vous êtes poli, vous souriez en disant « ok ! » (car en tchèque, « c’est pas faux » ne marche pas). Vous comprenez plus tard qu’il vous expliquait ne pas accepter les cartes de crédit. Aë ! (En tchèque : Aïski !). Un moment de solitude est néanmoins vite passé. Mais la véritable histoire du valorisateur commence le lendemain matin, au Palais des Congrès !
Le grand hall, c’est comme un aéroport mais en plus chic. Des tas de gens super bien sapés arrivent devant des flics tchèques (qui sont moins raides que les allemands mais quand même plus sérieux que les italiens) qui semblent vouloir leur demander quelque chose. Il faut savoir que cette langue de l’Est, bien que très charmante, fait de drôle de groulis dans les tympans. Au regard du policier, j’ai vu deux possibilités de traduction : « Veuillez déposer vos objets métalliques dans le bac » ou « Vous prendrez bien une salade au chèvre et un verre de Merlot ? ». Apparemment, je ne suis pas très bon en tchèque… mais j’ai néanmoins choisi la bonne solution.
A l’accueil, tout le monde se presse pour l’avoir. Elle est là, au bout de quelques mètres, d’un sourire, d’un échange de mot de passe codé en 3 alphabets, de la présentation d’un passeport, d’un permis de conduire, d’un certificat de bonne vie et mœurs et d’une lettre signée par le roi. Elle est là, la cordelette ! Ce petit objet magique et coloré qu’on vous glisse autour du cou vous transforme instantanément en personne très importante. La mienne était orange fluo, ce qui signifiait que j’avais beaucoup de privilèges mais pas celui de monter sur les estrades ni de boire du champagne entre les repas. Au bout de la cordelette, un badge nominatif dont, il faut bien le dire, tout le monde se fout éperdument.
Cordelette au cou, donc, on voyage dans les allées du Palais. Plein de gens se baladent en souriant, et se serrent la main (voire chronique d’un valorisateur, la technique fricadelle). Bien sûr, Europe oblige, on doit parler anglais. Quand on m’a demandé « where is the waters ? » j’ai pointé les toilettes d’un geste assuré. L’homme (dont j’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Michel Popov et vient de Lyon) reprend en me disant : « No, waters glouglou ! ». J’avoue, j’ai ri. Merci Popov. Ceci dit, la plupart des orateurs s’en tirent très bien…ah ! Les orateurs !
Il faut savoir que l’Europe c’est sérieux. Très sérieux même ! On parle de programme cadre, d’innovation sociale, de région de la connaissance et même de crise financière. Moi, je pensais qu’avec des mots comme ça, ils pouvaient se la péter à la hauteur de l’investissement européen. Mais non, pour que ça ait l’air suffisamment grave, il faut que la séance soit ennuyeuse à mourir. Présentation monotone, discours barbants, ton de voix monocorde, immobilité, visage sentencieux. Heureusement que M. Kim-Choo est venu de Singapour pour animer un atelier communication à la manière d’une séance d’arts martiaux, avec cris de ponctuation, amples gestes exemplatifs et éclats de rire flamboyants. Ceci dit, je n’ai pas perdu ma bonne humeur face aux autres endeuillés du colloque dont les cordelettes oranges, bleues et roses fluo parvenaient à entamer quelque peu le sinistre de leurs trois pièces.
La cordelette donne aussi droit à un repas. Bien sûr, un walking dinner avec beaucoup de vin et beaucoup de gens qui vous marchent sur les pieds et vous bousculent pour se précipiter vers le buffet, comme s’ils avaient attendu un bout de brie toute leur vie. Avec la cordelette, on peut aussi avoir du café, des autocollants, des CD-ROM et un tas de brochures qu’on ne lira jamais. Dès lors, heureux de toute cette reconnaissance, on se promène à la découverte de contrées inexplorées, d’accents de l’Est savoureux, de jolies hôtesses en chemisiers blancs qui vous lèguent des sourires et vous offrent des tartelettes au pavot.
Par contre, la cordelette à ses limites ! Elle ne vous donne pas droit au métro gratuit, ne vous donne pas la priorité aux caisses des supermarchés et ne vous permet pas d’entrer gratuitement dans les musées. Elle ne vous fait pas mieux comprendre le tchèque et ne vous offre aucune réduction à l’achat d’un MacGoulash menu au McDo. Malgré ces faiblesses, la cordelette vous donne quand même un incomparable charisme.
Mais la véritable grande classe, c’est d’apparaître en photo dans le journal officiel du colloque, publié au lendemain du lancement de l’évènement à 5000 exemplaires. Le visage emprunt d’un subtil mélange d’intérêt, d’illumination, de sérieux et d’ennui, j’ai compris que cette enivrante notoriété photographique m’avait été offerte par cet objet de style qui offre au cliché son contraste particulier et rappellera le curieux élitisme de la manifestation. C’est le privilège de la cordelette…
PS : Et pour ceux qui auraient suivi l’article précédent, je tiens à préciser que j’ai eu un bic !
De part les âges et jusqu’à aujourd’hui, toutes les professions ont eu leur objet fétiche, symbole de leur savoir, reluisant de leur fierté. La clé à molette du plombier, le stéthoscope du médecin, le ciseau à bois de l’ébéniste, le maillet du juge prononçant la sentence. Le valorisateur ne fait pas exception à la règle. On ne le sait que trop peu et pourtant, un utilitaire de première nécessité fait la loi dans notre giron professionnel, ci-dénommé : le bic!
J’assistais à mon 96ème évènement coloco-sémino-formatif, assidu et concentré du début à la fin, comme le veut la tradition. Je hochais la tête à intervalle régulier, je fronçais parfois les sourcils en signe de doute et je levais de temps à autre les yeux au plafond comme pour mieux réfléchir…à la composition du buffet déjeuner. J’ai même utilisé un «c’est pas faux!» dont j’étais particulièrement fier et qui a rendu très jaloux mon voisin de table. Les orateurs enfin épuisés, les thermos vidés et le jus d’orange tiédi, il était temps de clôturer la session. Je rassemble alors mes affaires, enfile ma veste et craque les doigts en vue des poignées de mains à venir. C’est là qu’un des organisateurs me hèle sévèrement. Il a le bras tendu vers moi, son poing serré sur l’outil. D’articuler alors : «Voyons, monsieur! Votre bic!». Je découvrais, ébahi, l’hégémonie du bic…
Force me fut donc d’admettre que j’aurais profondément vexé mon hôte si j’avais laissé sur la table le précieux stylo à bille estampillé de la marque des organisateurs. J’imaginais soudain les comités d’organisation des nombreux évènements auxquels j’ai assisté. Je voyais cette personne à l’œil vif, au visage grave, attendre le point essentiel à l’ordre du jour : «Quid des bics?». Car dans ce monde de contrats et d’articles, de groupes de travail et de formations, de projets européens et de doctorants, le bic est le primordial, le liant, l’obligation fondamentale. Un séminaire sans bic, c’est comme une pizza sans fromage, un Laurel sans Hardy, un pile sans face, une soirée de mariage sans la compagnie créole. Bref, une totale hérésie. Qu’importe la forme ou la couleur, il faut se démarquer, être fier et pompeux et placer entre deux gorgées d’arabica : «T’as vu les bics qu’on a fait faire? Pas mal, hien?»
Bizarrement, l’hégémonie du bic s’instaure d’autant mieux chez les acronymistes chevronnés. On voit ainsi se succéder sur le métal luisant ou le plastique fragile des AST, des ASE, des RW ou des LIEU, CURIE, FEDER, FSE, ASTP, FNRS et même AVRE, SVR et autre EU ou FP7. Ma collection personnelle rassemblée, je me trouve en possession d’une version originale et méconnue du Scrabble ou chaque bic peut potentiellement rapporter un maximum de point. Mais au-delà de cet aspect ludique qui semble n’amuser que moi, les participants se prennent au jeu. Dès la première pause café, on les voit tester la résistance de l’objet. Ils l’observent sous toutes ses coutures, l’essayent des deux mains (même s’ils ne sont pas ambidextres). Un petit croquis dans la marge pour tester la couleur, la finesse, le «glissé» sur le papier. Ensuite, quelques «clics!» d’usage pour tester la mécanique. Enfin, le test ultime, celui de la barrette. Oui, cette barrette sans nom qui permettra d’accrocher le bic à son bloc-notes ou à la poche de sa veste et qui finira, on le sait tous, par voler en éclat tôt ou tard sous le son d’un «ho non!» désappointé.
Le bic nourrit également des mystères insondables qui savent néanmoins se faire discrets. Le bic ne meurt jamais vraiment. Il disparaît. Il devient léthargique du délaissement, coince sa bille, se sèche l’encre. La vacuité de son être le condamne trop souvent à l’abandon. L’objet se glisse partout, se perd et parfois se retrouve. Il se prête, souvent sans retour. Il se donne parfois, s’offre souvent. Il finit toujours par disparaître dans de mystérieuses circonstances. A quand la dernière fois où vous avez jeté un bic? Ah! Ne cherchez pas! L’acte est bien rare et pour cause… le bic a son parcours de vie, mystique et indescriptible. De main en main, il jongle des écritures dont il se trouve possédé, se déplace d’un tiroir à un autre, d’une poche à un bureau, et inévitablement, il finit dans l’éther indicible et emporte même son souvenir avec lui.
Ce matin, j’étais en réunion au FNRS. Je repensais à cette hégémonie du bic distraitement quand soudain, j’entendis mon voisin appeler l’organisatrice. Elle accourut vers lui, tout sourire, prête à lui rendre tous les services. Il brandit le bloc-notes estampillé des quatre lettres en demandant : «vous n’avez pas de bic?». La blonde arbora soudain une incommodante déconfiture et dans une gêne perceptible, se vit répondre : «Heu…non, non on n’en a pas prévu.» L’homme marqua un silence avant de lancer un «Ha..bon, ce n’est rien…» qui appuya sa déception plus encore que sa déconvenue. Il saisit alors un bic dans son veston, gribouilla sur le coin supérieur droit pour en vérifier le fonctionnement et se mit à lire les lettres «NCP», retrouvant alors une mine réjouie. Il m’a alors confié un regard attendrissant, indiquant le bic et lâchant : «Tant pis!».
Ma réflexion se termina dans le train, au voyage du retour et confirma ma dévotion au sacro-saint stylo bille. C’était au moment où ce jeune garçon sorti son Go Pass, me fixa et me demanda : «Dites, monsieur, vous n’auriez pas…un bic?»
Je prends un petit moment pour oublier les crises existentielles et m'en reviens à la légèreté d'un petit article bien comme il le faut. Ce sera très court (mais très bon!).
Ainsi, je souhaite dénoncer par la présente le comportement outrageux de certaines filles, en soirée, qui dragouillent de pauvres petits Arnaud(s?) pour ensuite les laisser choir (!) lamentablement...
Ce matin, au lever, je reçois donc ce sms, retranscrit tel qu'il m'est arrivé:
"Salut la plus jolie de la soiréee j espère que je ne vais pas te réveiller moi j suis au boulot et g pas assez dormi 1h c était pas assez-je voulais juste te dire que j aimerais faite ta connaissance autre part qu en soirée au moins maintenant tu as mon num si ça t intéresse tu m'écris quand tu veux en espérant avoir une réponse prochainement j t souhaite une bonne journée à bientôt j espère arnaud"
Déjà, mes neurones s'affolent à imaginer la situation. En tout cas, j'ai bien compris une chose: Arnaud espère. Et il espère fort. Très fort. Arnaud travaille le dimanche de Pâques. Est-il déguisé en lapin ou en poule sur un parking de Cora? Est-il vêtu de son uniforme de flic pour surveiller le tournoi de pétanque de Hornu? Est-il boucher au Spar de Wiers, ouvert les dimanches, même fériés, de 10h à 12h30?
Mesdemoiselles, même si je suis ravi d'être la plus jolie de la soirée, faites-moi plaisir: quand vous donnez un faut numéro à quelqu'un, évitez que ce soit le mien...
Maintenant, une question mi-ange mi-démon me turlupine le ciboulot: que faire de ce message? Car si toutes les dérives sont possibles, je me demande encore laquelle choisir... des propositions...? (Gnark! Gnark! Gnark!)
On traîne, on souffle, on soupire. On lève la tête au ciel et on demande : « pourquoi ? Mais pourquoi ? ». On baisse les yeux, on marche plus vite pour sentir le vent, pour sentir la vie. On traverse au rouge, on marche au bord des trottoirs. Parfois, on s’arrête, quelques instants. Des pensées s’entremêlent, s’effondrent et disparaissent. On souffle. On soupire.
Moi je veux plus. Plus loin, plus haut. Je veux plus, plus fort, plus grand. Je veux vibrer de long en large, me sentir exploser comme un oreiller, me voir éparpillé en millier de plumes, blanches et légères. Je veux m’évanouir en poussière d’étoiles, parcourir l’univers, me brûler des soleils et m’endormir sur la lune. Moi je veux plus. Bondir très haut, toujours plus haut. Quitter la terre et toucher les nuages, chatouiller les anges par les orteils et me moquer des albatros. Je veux courir, vite, très vite. Je veux dépasser les voitures sous les regards atterrés des conducteurs. Encore plus vite, traverser les frontières et voir le monde se ralentir, s’arrêter bientôt. Je veux sentir mon corps se fondre dans la lumière et avec elle, m’évaporer dans l’éther. Moi je veux plus, plus fort. Mes phalanges sur le piano, le bois qui éclate. Je veux jouer toutes les mélodies et que les mélodies se jouent de moi. Je veux m’enrober de croches et de dièses, être une cantate ou une nocturne, une sonate ou un prélude.
Et pendant ce temps, sur le bitume, on entend les pas des inconnus qui grattent le présent pour un morceau de futur, une bribe de passé. On subit l’aujourd’hui pour moins penser au demain. On veut le bonheur mais on en a peur. On se cherche, on se trouve parfois. Mais sans résultat. On traîne les pieds d’un crépuscule à l’autre, on se vide, on se conforte. Confort de ceci, confort de cela. On s’enrobe d’aventures indésirables, on piétine, on râle, on klaxonne. Comme on peut, on y met de la musique et des sons et l’on oublie. On s’oublie. Pour préserver, pour rester bon et humble. Pour aller au paradis, peut-être. On oublie. On s’oublie.
Mais je veux plus. Je veux parcourir le monde en marchant sur les mains. Et si l’on me demande pourquoi, juste répondre : « comme ça… ! ». Je veux voir le bleu des mers, l’ocre des déserts. Je veux courir dans les rues de New-York, la pluie massacrante, le Times sur la tête. Je veux gravir l’Himalaya, souffler de bonheur en touchant le sommet et m’écrier : « et c’est tout ? ». Je veux me réveiller dans un champ de coquelicot, respirer le matin, rêver du champ prochain. Plus haut, plus loin. Pleurer mille océans, n’en regretter aucun. Dériver, chavirer, me relever. Je veux des tsunamis et des tremblements de terre. Plus fort, encore. Que mon cœur s’emballe et chamade, que mon corps tressaille et se perde, que mon esprit s’embrume et mes yeux pétillent.
J’ai décroché les pieds de l’asphalte, débranché mon réveil et catapulté mon portable. Et j’ai crié du cœur, cette envie de plus haut, de plus fort. Et de surprise, et d’imprévu. Et de partage, et d’inconnu. Et de rencontres, et d’impromptu. J’ai laissé tomber les règles et les lois, laissé derrière ce qui me fissure. Et j’ai crié du cœur comme on crie d’un naufrage, aux vagues et aux cieux. Car il faut parfois savoir s’élancer, confiant du vide, comme un nuage de plumes, comme un parfum de mai, comme un vague à l’âme. Il faut parfois pouvoir se dire nos larmes. Il faut parfois fermer les yeux, fermer très fort, et regarder ensuite le ciel pour y apercevoir sa bulle d’espoir.