dimanche 29 novembre 2009

Chronique d'un valorisateur: mot compte triple

Un valorisateur, par définition, ça parle bien. Depuis la nuit des temps qui ont vu les valorisateurs naître (au moins 20 ans), l’art et la finesse du palabre est la panacée de mes semblables…pour certains plus que d’autres d’ailleurs. Je n’étais pas conscient de cette étonnante réalité jusqu’au jour où…

J’étais assis, fesses enfoncées dans le velours de mon siège, à écouter un homme avec un gros ventre, des lunettes au bout du nez et une cravate extravagante aux motifs de cartes à jouer des années 60. Il articulait exagérément, comme s’il parlait à une assemblée de manchot maltais et en espérant se faire comprendre. Quand soudain, après un soupir de désespoir, il lança dans l’assemblée : « Si cette réalité vous semble absconse, elle n’en reste pas moins ubuesque ». Mon esprit explosa d’un Waw ! d’admiration.

Je devins donc plus qu’attentif aux expressions alambiquées qui se tramaient, toujours impromptues, lors de divers meeting. Je pus, ainsi, entendre : « Me voilà donc mari de tant d’indigence ! » ou encore « notre discussion ne me semble pas féconde du point de vue intellectuelle » et même « Il faut que nous passions au bleu le neting de la ligne de précompte afin d’éviter le marasme ». Mes yeux brillaient de stupeurs alors que mon stylo, frénétique, ne manquait pas une occasion de mettre sur papier ces perles rares de jonglerie linguistique.


Le pire, c’est quand ils commencent à parler latin ! « Mais voyez-vous, in extenso, cela me semble impossible ! » ; « Nous entrons dans un véritable casus belli » ; « Il a pris cette décision ex-officio, ce qui est intolérable ! » et même « Nous devons réaliser les portraits intuitu personnae ». Moi qui n’étais déjà pas doué en version, je me prends à lancer des « c’est pas faux » qui m’échappent quelque peu…


Ceci dit, parfois, les valorisateurs se lâchent ! Ils se mettent à « bananer » à user des « esperluettes » ou encore à se lever « dès potron minet », ce que je trouve très drôle, pardonnez m’en. Parfois, aussi, je me laisse entendre des phrases dont le sens ne manque pas de m’échapper : « ce n’est pas un cas où tout le monde se mord la queue et inversement, voyons ! » ( ???) ; « Les chefs fatigués sont fatiguant ! » ; « Chez nous, c’est la lasagne mais en plus congelé… ».



Entre alors ces hommes et femmes de bonne volonté qui, malgré eux, sont dotés d’une intelligence supérieure et se doivent, en dépit de leurs interlocuteurs limités, d’utiliser le mot juste. J’ai donc vu se perdre des « palanquée », « saumâtre », « ingénierie collaborative », « technocratique » et autre « polysémie » (qui n’est pas un groupe d’îles paradisiaques).
Mais la palme en revient à ce brave homme qui devant un auditoire de 250 personnes s’est permis d’évoquer son passé d’adolescent en ces termes : « Je faisais preuve, il faut l’avouer, d’une sorte d’indiscipline rabique ». Et ma voisine, de se pencher vers moi : « Tiens, il est juif et il n’aime pas les rabbins ! »…et moi…de la croire… *honteux*

Je m’en vais donc proposer, pour le repas de mon service, un scrabble majestueux où chacun pourra jouer de son extraordinaire habileté et tenter le tant convoité « mot compte triple » du valorisateur. Et comme le dirais ma chef: « Que ne sera-ce, mes amis ! »…oui, que ne sera-ce… ?

jeudi 17 septembre 2009

Funérailles matrimoniales

Il y a quelques temps, j’assistais pour la première fois à un évènement des plus particuliers. On l’appelle enterrement de vie de garçon/jeune fille ou encore brûlage de pantalon/culotte. Force est de constater que personne n’est enterré (ce qui aurait pu être drôle), ni brûlé (ce qui aurait pu être encore plus drôle) et que les pantalons et les culottes demeurent (presque) intactes…

En fait, un « brûlage » (apparemment, c’est fashion de l’appeler comme ça et puis, on utiliserait « enterrement » que ça ne ferait carrément pas le même effet), c’est une sorte de baptême estudiantin amélioré pour deux personnes qui ont eu la mauvaise idée de vouloir se marier et qui semblent devoir être punies pour ce choix. Voyons cela de plus près…

Pour un brûlage réussi, il faut une bande de mâles hétéro et bruts, d’un poids moyen de 90Kg chacun, avec de vrais poils au menton ; une bande de copines hyper apprêtées qui n’aiment pas la bière ; 10 casiers de bière ( !) ; des pains et des saucisses (pour faire ce qu’on appelle des « pains-saucisses ») ; un tas d’accessoires douteux dont le but encore inavoué laisse présager le pire et, enfin, deux victimes (que l’on appelle aussi « futurs mariés »), innocentes et candides, que le bûcher du ridicule attend de voir flamber.

Après un accueil somme toute encourageant, les victimes s’aperçoivent rapidement que l’objectif des prochaines heures sera de les rendre aussi grotesques que possible. A ce que j’ai pu en saisir, une règle majeure est de séparer, au moins pour un temps, les hommes (les vrais !), des femmes. Ceci laissera l’opportunité aux mâles d’exprimer tout leur relent de testostérone et aux femmes de profiter d’un moment de calme et de sérénité. Les canines luisantes des bourreaux aiguisées, le spectacle peut commencer.

Ma condition biologique m’y contraignant, j’ai donc assisté à la partie « mâle » de l’aventure. Telle une horde de Wisigoths en manque de combat, le groupe de potes s’attaque au relooking du fiancé. Un string par ci, une jupe par là, un fabuleux corset et une touche de maquillage et le voilà biseauté pour un quartier mal famé de la gare du Nord. Les Wisigoths n’étant pas abonnés à Vogue, ils complètent le tableau d’un fabuleux tablier orné d’un énorme sexe poilu. Finesse et subtilité.

Les capsules s’éclipsent, les bouteilles s’entrechoquent de vide. Soudain, un homme d’un autre âge (que l’on appellera plus tard « l’homme à abattre ») que nous nommerons Robert s’approche de moi. Chasseur accompli, homo érectile, maître de toutes connaissances, seigneur de la bonne manière et de la bien séance. Robert aime : tuer les animaux, les chiens qui aiment tuer les animaux (les autres), les hommes qui aiment tuer les animaux (mais pas les chiens). Le brave bougre se met dès lors à m’expliquer comment prendre des photos. Quand d’un coup, au milieu de deux mots, un renvoi atroce vient s’écraser sur mon visage. Robert est un vrai, il rote, il pète et ce n’est sûrement pas moi qui pourrai l’arrêter.

Après quelques heures d’amusement fantasques et de ridicule, les braves se rejoignent pour un fabuleux barbecue en musique. L’ambiance se détend et les victimes, finalement épargnées, retrouvent un état correct. Les saucisses grillées rejoignent les pains, la bière enivre de plus belle. Bien vite, je me suis rendu compte que mes amis Vodka et Martini allaient m’aider à prendre place dans l’ambiance. Un petit lancé d’œufs, une déclaration d’amour la bouche pleine de marshmallow, une culotte sale et du Nutella sur les orteils, voilà la toile d’une soirée sans queue ni tête…voire, juste sans tête… qui se terminera, pour moi, dans quelques discours philosophico-éthyliques avant un coma profond et reposant.

Après ces heures de sommeil, force est d’admettre que l’évènement n’est pas si traumatisant. Ce qui m’apparaissait comme un remake de « Il faut sauver le soldat Ryan » n’était en fait qu’un délire estudiantin gentillet, inattendu mais profondément bon enfant. Lorsque Robert débarqua en notre logis, un chevreuil mort dans sa remorque, à 7h tapante, il me sembla juste de le désigner « l’homme à abattre ». Entre deux songes, je me pris à bafouiller : « L’Egypte avait ses sept plaies, ce village à Robert ! ».

J’avoue avoir revu les photos avec un plaisir certain. Et c’est probablement les sourires des futurs mariés qui’ m’ont fait reconsidérer cette improbable journée de funérailles matrimoniales. Je garde néanmoins un doute : les vies de jeune homme et de jeune fille ont-elles vraiment été…enterrées ?


vendredi 11 septembre 2009

Laissez moi jouer ma vie…

…j’ai un sacré rôle dedans !

Ne pas publier d’article sur son blog est une ignominie sans nom. Plus de deux mois de mort dans l’âtre, sous l’excuse volubile d’un été vacancier, c’en est trop ! Personne ne se plaint (ni ne se vide, d’ailleurs), ce qui est d’autant plus inadmissible. Qu’à cela ne tienne, je me mets au résumé éclair des 72 jours écoulés depuis la dernière publication. Flash éclair, attention les yeux, ça va aller très vite :

L’Avare, barbecues, Forges-Phillipes, Scrabble, brûlage de culotte, Alsace, Bellewaerde, cousine, 40 ans de Régis, mexicain, Avatar, notaire, Chimay, mariage, coiffeur, cathou, photo, Harry Potter, 30 ans de mariage, Marmotton, Sabine, sauvetage, Concert de Zoé, Chicha, couque suisse, appartement, agence immobilière, Onirys, Famille Margerin, papillon des étoiles, jeanne, communication, oublie de portefeuille, valorisation, porte de douche, architecte, Three to Tango, site web, UMONS, chemise, funérailles, pricing, paella.

Vous avez suivi ? Non ? Tant pis.

J’ai entendu ce matin une interview du père de Yanina Wickmayer qui disait : « Il ne faut pas courir plus loin que ses chaussures ». Ainsi soit-il ! Cependant, je me trouve trop souvent loin de mes chaussures qui, tant mal que mal, essaye de me rattraper, en vain.

On m’a dit dernièrement : « Vivre à du 200 à l’heure est un art qui, comme toute forme d’art, fini par s’essouffler ». Bien que cela ne me rassure pas, je vois dans ce train de vie un peu fou l’occasion de carpediemiser à mort, de mordre la vie à pleine dent, sans remord ni regret. Voir ces personnes qui font de ma vie un paradis, qui dessinent mes sourires et tracent un peu de ma route, voilà une raison excellente d’avoir mis de côté, quelques temps seulement, ce petit caveau à pensées qu’est ce blog.

Le 20 août dernier, un concours de circonstance m’a ramené chez moi plus tôt que prévu. Devant moi, une BMW prenant un tournant en trombe se mit à tournicoter devant mes yeux avant de s’immobiliser sur son flanc. Ma voiture stoppée devant l’accident, j’ai vécu les 4 secondes les plus longues de ma vie. Un instant précis où l’on se demande si l’on sera lâche ou courageux. 4 longues, infinies secondes durant lesquelles on se sent capable du meilleur comme du pire. L’histoire se finira bien, sans gravité extrême, que des cœurs qui ont battu bien fort et des larmes qui ont coulé bien vite…

C’est sans doute l’évènement le plus marquant de ces 72 jours écoulés. Un bref instant, 30 minutes de ma vie peut-être, mais qui font voir les choses autrement. On se pose, on s’évapore un peu. On se demande, on s’interroge. Et pourquoi ? Et comment ? Et si… ? Au final, on regarde le ciel, un ciel d’été trempé du crépuscule. On laisse se dilater ses pupilles pour mieux s’imprégner du céleste agonisant. Et on se dit, on se répète, que la vie, pleine de surprise, offre quand même quelque répit magique et doux.

Dans ces quelques lignes brumeuses, je reprends les commandes de la plume et le goût d’écrire à tout vent, à tout va. Je passerais bien, avec fougue et passion, la porte de l’inclination et du serment…mais…n’oubliez pas…vous d’abord !

mercredi 1 juillet 2009

Mylèèèèèèèèèèèèèèèèène!

Lorsqu’on achète des billets de concert un an avant l’évènement, on a de quoi se réjouir de l’arrivée de la date fatidique. On compte les jours sur le calendrier de la cuisine, on sort tous les CD’s de l’artiste, on étudie les paroles et on se demande quel t-shirt on va mettre (si on est gay). Mais lorsque l’artiste est Mylène Farmer, le concert est bien plus qu’un évènement musical. C’est un périple semé d’embuches, une expédition qui ne s’improvise pas…

Quand on va voir Mylène en concert (oui, je l’appelle Mylène, c’est entre nous…), un fan, un vrai, se doit de prendre un billet en fosse. Et si le mot «fosse» s’associe facilement au mot «lions» ce n’est pas sans raison. Pour avoir la chance de pénétrer sur la vaste plaine du combat et de voir l’artiste plus grande qu’une mangouste moldave (c’est pas très grand), il faut se lever tôt, très tôt. C’est ainsi que les plus acharnés planteront leurs bivouacs la nuit précédent l’apparition de la belle. Personnellement, me plaçant dans la catégorie «fan mais faut pas trop déconner non plus», j’ai choisi d’arriver à 15h sur les lieux du futur presque-crime soit, 6h avant le concert. Armé de sandwiches, boissons, lecteur MP3, Tetris de poche et autre mots croisés, je me sentais fin prêt pour l’interminable attente.

Un concert de Mylène Farmer draine des centaines, des milliers de gays. En arrivant sur place, on remarque vite la démographie particulière de 27 gays au mètre carré, ce qui, sans être dramatique, est quand même beaucoup. Vous avez effectivement 1 chance sur 10 de rencontrer un homo dans la rue. Lors d’un concert de la rousse, vous avez les mêmes chances de croiser un hétéro. Le gay-fan-de-Mylène est très organisé. Il amène sa couverture (parce que les graviers abîment les fesses), son thermos de soupe brûle-graisse, ses boissons énergisantes et son dernier magazine Têtu. Il a mis 3 jours pour décider de ce qu’il allait porter et continue d’angoisser à l’idée d’atterrir sur la scène. Il est 15h15, c’est le moment le plus dur, celui où l’on se dit : « Ah…plus que 6 petites heures … »

Bien vite, on entame la discussion avec nos compagnons de file (qui seront gays, d’ailleurs) en attendant le moindre mouvement. Après 3 heures d’attente, le mouvement a lieu ! Les portes de la salle se sont ouvertes. Le gay-fan-de-Mylène se lève prestement, s’époussette (c’est important) et se recoiffe. Un coup de déo, on replie soigneusement la couverture et, enfin, on s’épanche d’un début d’hystérie collective. Ensuite, c’est un jeu d’enfant : un pas toutes les 10 ou 15 minutes, des sorteurs qui se demandent ce que cette bande de folles fait là, un cri par-ci, un évanouissement par là… la routine.

Quand le gay-fan-de-Mylène arrive devant l’entrée de la salle de concert, il se met à piétiner comme un labrador devant une croquette de bœuf. Dès que son ticket est déchiré, il vérifie que le vilain gars de l’accueil n’a pas complètement défiguré ce qui deviendra un objet de collection. Et là, il court. Court! Court, fan-gay-de-Mylène! Il s’enfonce dans le bâtiment dans un hurlement de plaisir intense, les bras en l’air. «Mylèèèèèèèèèèèèèèène!». Non, pas encore.

Lorsqu’on connaît le terrain de la fosse, on sait que les 2 heures qui précèdent le concert sont cruciales. Une fois sur place, il ne faut pas s’asseoir sous peine d’être sauvagement piétiné par des semelles compensées. Interdiction de quitter sa place pour aller aux toilettes : si tu pars…tu ne reviens pas! Les gens chantent, sifflent, scandent…bref, ils passent le temps comme ils peuvent. A 21h27, le miracle à lieu…les lumières s’éteignent…

Bien vite, on gagne 3 ou 4 mètres d’avancée suite aux évanouissements en masse du premier rang. Là, le temps s’arrête. Le spectacle est grandiose, l’ambiance est folle (!). Le gay-fan-de-Mylène atteint le nirvana, la transe ultime. On danse, on chante, on hurle. Parfois, j’avoue, on a un peu envie de gueuler au public : «laissez-la chanter bordel ». On remarque les motivés du premier rang à la recherche du moindre postillon perdu. Mais dans la liesse suante (mais d’une sueur propre, s’il vous plaît!), on oublie vite les fausses notes de ses voisins, la pression de la foule sur les omoplates, les six heures d’attente et le prix des tickets… C’est beau, c’est bon, c’est grand, c’est waw…

La fin du spectacle sonne, la diva quitte la scène et le public verse de nombreuses larmes. La gay-fan-de-Mylène, manifestement ému, est obligé de quitter les lieux, la mort dans l’âme…non sans se jeter sur les centaines d’articles estampillés «MF», histoire de noyer leur chagrin dans le badge Mylène, dans le parapluie Mylène, dans le pendentif Mylène…ou…dans le gode Mylène. Oui, il faut croire que Mylène connait ses fans…

Avec le sourire aux lobes, on rejoint son chez soi en fredonnant ce qui ressemble à de vieilles comptines. On a dans le cœur une étrange mélancolie, celle qui vous rappelle que c’est déjà fini. Et puis, on se sent comme un gosse, fier et heureux d’avoir pu toucher son idole du regard. Au fond, il doit y avoir en moi une part de gay-fan-de-Mylène qui contribue à rendre ces moments magiques et inoubliables.

vendredi 19 juin 2009

La Communauté du Spar de Wiers

Lorsque maman téléphone un dimanche matin, me sortant d’un sommeil profond, pour me demander de lui trouver deux tranches de fromage de chèvre et une bouteille de vin, la réaction est plutôt brutale. Au vu de l’urgence apparente de la situation (la crise du Chavrou serait-elle annoncée ?) et sous la pression de ma conscience de fils unique, je n’ai pas le cœur à refuser la requête. Il est 11h et je dois me rendre à l’évidence : la seule opportunité est le Spar de Wiers.

Le Spar de Wiers se situe entre le bunker irakien et les bâtiments communistes de l’ex U.R.S.S. Un cube étrangement grillagé qui ne laisse entrevoir que de faibles néons blancs sales, dont les horaires sont plus qu’approximatifs et l’enseigne brûlée par le temps. Mais surtout, c’est un centre social actif où les Wierois se rencontrent et retrouvent leurs racines villageoises. Le must du must de l’étude anthropologique. Après une nécessaire préparation psychologique, 3 Yakult et un antihistaminique, le départ est annoncé…


Bien évidemment, l’aventure commence par une pluie battante, histoire de mettre en place un contexte gris et sombre. Après quelques centaines de mètres, à pe
ine éveillé de ma première tasse de café, nous rencontrons une première embûche qui porte le doux nom de « WIERS KUISTAX ». Les rues du bourg prennent donc de faux airs de Blankenberg en novembre, croisés avec un semblant de tour de France où les policiers, parfois improvisés, se chargent de bloquer la circulation pour éviter tout accident malheureux. (Chaque année, en Belgique, 0,4 personne décède d’un accident de Kuistax). Depuis la voiture, on voit passer, trempés, les courageux coureurs dont on se demande si la drogue n’a pas bousillé trop de neurones…

Finalement arrivé à destination, on pénètre alors dans un lieu surmené de l’activité des acheteurs. La foule est bigarrée (et non « bien garée », ce qui n’est vraiment pas le cas). A partir de maintenant, tout peut arriver. Direction boucherie/charcuterie. Un ticket. L’attente, interminable.
-Pamela : Numero 29 !

-Simone :…
-Pamela : 29 !
-Simone : …
-Pamela : Personne le 29 ?
-Simone : …Han ! 29 ! A si, c’est moi…

Les tranches de pâté se découpent avec précaution, le jambon se tranche lentement, le boudin se découpe au millimètre près.

-Germaine : Ca va Pam ?
-Pamela : Oui hein, et toi ?
-Germaine : Bha ça va ! J'ai bien fait de faire mon barb' (comprendre barbecue) hier, hein! t'as vu le temps?
-Pamela: Han, ouais.
-Germaine: Et j'ai eu la réunion de parents, là
.
-Pamela : Han, ouais.

-Germaine : oui mais hé, j’en ai eu jusque 6h30, hein. Ce soir là on a mangé qu’il était passé 7h30. Mais après Yvon, il ne digère pas bien.
-Pamela : Han, ça…
-Germaine : Et il me faut aller chercher du Motilium, il n’en a plus !
-...

Et si on en parlait ? Si on prenait le temps de s’asseoir, ce dimanche matin, à 11h40, devant l’étalage de côtes de porcs, de saucisson de jambon et de salade de viande, pour discuter de nos problèmes digestifs ? Et comme pour mieux surenchérir :

-Pamela : Je te mets du salami à l’ail ?
-Germaine : mon dieu, non ! Parce que l’ail … ça me revient !

On assiste alors à la déconvenue de Daniel lorsqu’il drague en vain Pamela, aux engueulades sans fin des six enfants d’une famille nombreuse, à la toux racleuse et grasse des petits vieux enrhumés. C’est lorsqu’on arrive à la caisse qu’on commence à souffler en se disant que le plus dur est passé. Mais bien sûr :


-Charlotte : Mho, il n’a pas de prix sur les bas
-Yvette : Han ?
-Charlotte, inspectant la boite : Mais non…
-Yvette : Je ne sais pas moi… ils étaient là-bas, ainsi...

-Charlotte : MAAAARRTIIIIIIIIIIIINNNNEEE !! C’est combien les bas ?

11h57, les néons s’éteignent et plongent le magasin dans une torpeur effrayante. L’entrée est refusée aux pauvres affamés à la recherche d’une Carapils, d’un paquet de chips ou d’un bâton de berger. Prestement, je sors reprendre la pluie, comme un rite de purification.

On rentre chez soi des images plein la tête, des odeurs plein le nez. En regardant les nuages gris pleurer leur amertume, on imagine sans peine les âmes repues de victuailles, sortir de l’antre comme des zombies et laisser derrière eux une odeur de sueur, comme un parfum d’accompli. Et finalement, on se sent un peu plus proche de cette communauté sans nom, qui à
l’instar des chrétiens, profite du dimanche matin pour un moment de culte bien particulier… Amen !


vendredi 5 juin 2009

Ca n'arrive qu'à John...

Dans la série « ça n’arrive qu’à John »…

John a besoin de 4 vis. Des petits trucs de 30mm de long, environs 4g la vis, discrets…bref, John a besoin de pas grand-chose. C’est le temps de midi, envie de s’aérer les neurones après une réunion magistrale…et pourquoi ne pas aller au Brico ? Hein ? Franchement ?


John va donc au Brico pour acheter ses 4 misérables vis. Alors qu’il est perdu entre les bétonneuses (!) et le
s planches de WC, les lumières s’éteignent soudain et un bruit de ferraille retentit. Avant que les zombies de «Dawn of th Dead» ne débarquent, je me dirige calmement (avec un soupçon d’appréhension dans la mâchoire) vers les caisses. Les Bricosiens semblent tous suivre le chemin de la sortie parce que bon, on ne sait jamais…un Boeing d’Air France qui disparaît en pleine mer, Nadal éjecté de Roland Garros, le mot Geek dans le petit Larousse 2010…alors pourquoi pas un attentat au Brico de Ghlin?

Les caissières sont paniquées ! Le volet de sécurité vient brusquement de se fermer ! Seules les lumières de secours fonctionnent. Les Brico-Girls (Nadine, 52 ans ; Francette, 48 ans ; Annie, 46 ans et Jenny, 28, interim) se retrouvent sans scanner, sans caisse enregistreuse, sans ordinateur de bord, sans micro d’appel à l’aide
et…sans café! Les téléphones ne fonctionnent plus… Tout le monde se regarde et s’interroge…va-t-on mourir de faim? Va-t-on manquer la finale de la Nouvelle Star? Qui sera le premier à être mangé?

Après 15 minutes, une sorte de chef improvisé fini par hurler aux Bricosiens que nous fûmes alors (je précise qu’il ne s’agit cependant pas d’un incendie…) qu’un problème électrique a causé une surtension, que les circuits sont grillés et que le générateur de secours ne se met pas en marche. Nous attendons tous le passage où il nous explique comment sortir de l’enceinte, mais le bonhomme remercie déjà l’assemblée de sa patience et retourne finir son Twix.


Nous apprenons alors par Nadine que le monsieur ne veut pas ouvrir la grille manuellement car il a peur que nous nous enfuyons comme des voleurs avec 1 paquet de papier photo à 5eur, des lingettes synthétiques à 3,40eur, un tube de colle Pritt à 4,15eur ET…4 vis à 0,19eur la vis. Oh! L’ignoble! Penser ça de nous? Pauvres Bricosiens cadenassés entre les tondeuses à gazon et les fausses marguerites décoratives!

Après 15 min de négociation ferme, nous parvenons à convaincre bonhomme de nous laisser sortir par l’entrepôt à la condition unique de se voir visuellement fouillé avant le passage de la porte. Tels des otages en peine de libération, les gens filent en courant presque vers l’extérieur, heureux de revoir la lumière du jour. La prochaine fois, quand j’aurai envie d’acheter des vis, je piquerai du scotch au boulot, ca fera l’affaire!


Etre bloqué dans un Brico pendant une demi heure à cause d’une surtension électrique, il n’y a qu’à John que ça arrive…


samedi 30 mai 2009

Zakynthos en 10 leçons...

Un voyage de sept jours dans une île grecque paradisiaque, ça vaut bien un petit article ! Plutôt que de vous décrire mes activités journalières à la mode « Martine en Grèce » ou de chanter les louanges du sable fin et de l’eau bleue, j’ai choisi de vous apprendre Zakynthos en 10 leçons. 4, 3, 2, 1, pastèque !

1. De l’île de Zakynthos

Le premier choc est à l’atterrissage : jusqu’au dernier moment, on n’est pas sûr de se poser sur le plancher des vaches…où devrais-je dire, le plancher des brebis ! On remarque rapidement l’azure de l’eau et dès la sortie de l’avion, on comprend pourquoi on n’a mis dans sa valise que des t-shirt et des shorts. C’est joli, c’est mignon, c’est dépaysant. Bref, ça a le goût des vacances et ça, c’est bien.

2. De la langue grecque

Au début, on pense que c’est de l’espagnol. Puis, on comprend vite que les borborygmes linguistiques ne sont autres que la version moderne du grec. Bénis soient ceux qui, dans leur prime jeunesse jésuite, ont eut la bonne idée de choisir l’option grecque : la lecture des panneaux, indications et autres informations n’en sera que plus facile. Moi, j’ai eu l’impression de voir partout la police de caractère « symbol » de Windows ! Après quelques jours, on assimile « Calimera », « Calispera », « Efahisto » et « Parakalo » : dans l’ordre, bonjour, bonsoir, merci, de rien. De quoi vivre 7 jours d’impeccable politesse.

3. De l’hôtel

Les hôtels ont tous des noms de rêves éveillés : Alexandra Beach, Iberostar Resort, Paradise Beach…nous, on a fait sobre : Tsamis Zante hôtel. Après un trajet périlleux en autocar (pas en bus hein, en AU-TO-CAR !), le petit bâtiment s’impose au milieu des oliviers. Accueil sourire, piscine et vue sur mer. Déjà, les odeurs de cuisine nous chatouillent les narines. Transat’ à gogo et cocktails en perspective… Mais chose étrange…on nous accueille en allemand !

4. Des allemands

Zakytnhos, si elle n’avait été grecque, aurait à coup sûr été allemande ! Si le dépaysement par le lieu était total, celui de la langue le fut un peu moins. Achtung ! Ils z’ont les moyens de fous faire parler ! Ils sont là, là et là aussi. Ils sont partout. Un allemand, ça parle fort, c’est gros et très laid mais aussi attendrissant car il n’en peut rien. Un allemand est chez lui partout où il pose ses valises. Si le buffet ouvre à 12h30, l’allemand est là à 12h29 ! L’allemand ne parle que l’allemand et, selon les rumeurs, il pisse aux quatre coins de l’hôtel à son arrivée, histoire de s’approprier le territoire. Nous avons décidé de rester dissidents et n’avons entonné que de bref « Angeführt ! 4 ! Encore ? » que les fans de Murielle Robin sauront reconnaitre.

5. Du bracelet jaune

A l’arrivée à l’hôtel, on vous explique les choses primordiales : où se trouve le buffet, à quelle heure on mange, où se trouve la piscine, le numéro de votre chambre et les jours où l’on sert de la choucroute (cfr. Point 4 !). On vous donne alors votre clé, la télécommande de la télé, celle de l’air co et…un bracelet jaune ! A l’instar de la cordelette orange (voir article du 11 mai), le petit bout de plastique attaché à votre poignet vous donne droit au sacrosaint et formidable « All in ». Le All In, c’est un concept génial. Ca veut dire que dans le prix, tout est compris sauf ce qui n’est pas compris. Vous avez de la sorte accès à une liste restreinte de choses que vous pouvez avoir à volonté. Avec le bracelet, vous pouvez boire de la bière dans des petits verres, manger de la fêta et des tomates, avoir du jus d’orange le matin et même boire un Daïquiri. Par contre, cela ne vous donne pas droit au cappuccino (mais bien au café frappé crème), au Martini, aux hot-dogs ou au jacuzzi. Note importante : une fois bouclé, le bracelet jaune ne s’enlève pas ! JAMAIS ! SOUS AUCUN PRETEXTE ! D’ailleurs, le seul moyen de l’enlever, c’est de le couper avec les dents. Vous comprendrez mieux pourquoi, sur les photos de vacances, tous les gens ont l’air de revenir de Werchter ou du Festival de Dour avec leurs petits bracelets colorés au poignet.

6. Des routes…

Quand on loue une Kia Picanto bleue à Zakynthos, on ne sait pas qu’il s’agit du début d’une épopée rallye. La carte fournie semble très aérée et pour cause, les auteurs préfèrent ne pas décourager l’intrépide conducteur. En même temps, conduire sur l’île est plutôt facile. La priorité de droite n’existe pas plus que celle de gauche. Se garer ? Pff ! Facile ! On s’arrête comme on veut, quand on veut, où on veut. La seule règle est d’enclencher les feux de détresse qu’on appelle là-bas les balises du tout-permis puisque, une fois allumées, tout est permis ! Les « grands axes » sont des routes de campagnes et les « routes secondaires » sont des sentiers ruraux. Les pentes à 10% se succèdent et la Picanto a parfois bien du mal à gravir les collines. Pas de panneau pour vous rappeler les limitations de vitesse puisque, d’évidence, l’état des routes ne permet à personne les excès. Ceci dit, le trajet aux airs de safari kenyan vous offre des vues imprenables de l’île sauvage et vous concède ainsi des souvenirs uniques entre l’angoisse des ravins et la crainte de la panne au milieu de nulle part.

7. Des villes de l’île

Le grec, c’est compliqué. Les noms de leurs villes, encore plus. Dès lors, on est contraint de trouver des moyens mnémotechniques pour se comprendre plus facilement. « Tsilivi » devient « Guili-Guili » ; « Gerakari » devient « Gare-au-gorille » et « Porto Vromi » devient « Porto Vômi » (mais ça, c’est seulement parce que c’est drôle !). Une ville à Zakynthos, c’est en fait une grande et longue rue bordée de restaurants, d’hôtels, de « super market » qui ressemblent à des superettes, de taxi, de voitures à louer et de shops-arnaque qui vendent des tortues en peluche, des essuies de plage et des portefeuilles. Et même que la nuit, c’est beau, ça brille et ça grouille de gens en tongs et en casquette qui sourient béatement devant les enseignes lumineuses multicolores.


8. De l’honnêteté grecque

Je ne peux m’empêcher de parler de l’honnêteté de nos amis helléniques. Pour mieux illustrer cette réalité, je me contenterai de cette adorable histoire. Une fois mes lunettes de soleils écrasées au sol une dizaine de fois, les verres explosés et la monture pliée, il me fallait une nouvelle paire de binocle. Direction shop-arnaque de Guili-Guili ! Là, on trouve des dizaines et des dizaines de lunettes de toutes formes, couleurs et marques. J’essaye les montures jusqu’à trouver celles qui me rendent le moins ridicule et me dirige vers le comptoir pour régler le vendeur. Je dépose les lunettes qui arborent deux crocodiles et la marque « LACOSTE » près de la caisse enregistreuse et sort de mon portefeuille le compte juste : un billet de 5 euros. L’homme au sourire attendrissant glisse les lunettes dans un petit étui et prend la peine de me préciser : « Ce ne sont pas des vraies, vous savez ! ». Han ! Surprise ! Tant pis, je les ai achetées quand même, les fausses Lacoste…

9. De la croisière obligatoire

Quand on visite Zakynthos, on ne peut décemment par repartir sans avoir participé à une croisière d’une journée pour faire le tour de l’île. Ce jour-là, il faut se lever tôt et parcourir la route jusqu’au port de la grande ville pour embarquer dans le bateau. Celui-là même qu’on vous a décrit comme le summum de la modernité et du confort, le must du best of de tous les bateaux qui proposent exactement le même trajet sur l’île. On vous promet également que vous verrez des dauphins, des tortues, des baleines blanches, des kangourous et si vous avez de la chance, un tyrannosaure! Accompagné par un CD 6 chansons jouées en boucle, vous terminez sur des bancs en bois mal cloués avec pour compagnie la fumée des moteurs dans les narines. Soyons cependant honnêtes, l’excursion est sublime, le vent chaud agréable et les points de vue à couper le souffle. Après une journée de navigation, le retour à la terre ferme est apparemment attendu par beaucoup : les gens (les allemands ?) se ruent en effet vers la sortie, comme s’ils voula ient tous vomir en même temps et s’entassent en se bousculant, histoire d’être le premier dehors. Nous en avons conclu que c’était probablement le jour de la choucroute et qu’ils ne voulaient pas manquer une seule saucisse.

10. Des vacances reposantes

Zakynthos, c’est vraiment se donner l’occasion d’un repos mérité. Le soleil qui vous dore l’épiderme, les légumes frais du buffet, l’air iodé d’une mer que vous ne vous lassez pas d’admirer. Les désagréments n’en sont pas vraiment et le voyage en vaut vraiment la peine. On rit, on se moque mais toujours gentiment (encore que…). On se prélasse, on se délasse, on se relaxe. Et le jour du départ, bien que content de retrouver le sol belgo-belge et notre petit chez nous, on quitte le bout de paradis avec un petit goût amer, une larmouillette à l’œil et l’envie de déjà penser à la prochaine destination qui transformera nos idées noires en marshmallow et nos tristes pensées en barbe à papa.

Quoi qu’il en soit, c’est quand vous voudrez que je retournerai volontiers me faire voir…chez les Grecs !