lundi 15 octobre 2012

Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 5 : Le dimanche

Le dimanche est un jour de repos, de calme et de sérénité. C'est pourquoi j'ai décidé de prendre une bonne dose de recul (ainsi que 2 anxiolytiques et un shot de vodka) afin de diminuer la souffrance de l'absence. J'ai donc tenté de limiter mes activités du jour à des choses fondamentales, retour aux sources, aux fondements de l'être... et puis, j'ai tout suite réalisé que je ne peux même plus écrire correctement "fondement de l'être" dans un SMS...

Hé bien non! Pour écrire "être", il faudrait pouvoir utiliser ce merveilleux signe diacritique de la langue française qu'est l'accent circonflexe. Un circonflexe, au fond, c'est tout bête: deux barres de même longueur liées par leur point de départ et formant un angle pouvant aller de 30° à 78° (à la louche). Il représente l'union entre les accents aigu et grave. En plus, le circonflexe (du latin circumflexus, "fléchi autour" (oui, j'ai été sur Wikipédia, et alors? C'est interdit? Merde quoi!)) il ne date pas d'hier! XVIème siècle madame! Et pourtant... l'Ancêtre refuse catégoriquement d'adjoindre un circonflexe à n'importe quelle voyelle de son répertoire (pareil pour les consonnes mais ça, limite, c'est moins grave parce que j'utilise quand même plus rarement, faut dire...). Est-ce si grave? Rien n'est grave dans ce monde, nous sommes d'accord. Mais écrire "reve" sans son accent, avouez que c'est quand même d'une tristitude absolue.

Ceci dit, il ne faut pas diaboliser l'Ancêtre. Le dimanche est aussi l'occasion de réflexions existentielles qui doivent permettre de comprendre le positif de toutes situations. C'est ainsi que je me suis néanmoins émerveillé de deux évolutions technologiques majeures de ce petit téléphone.

D'abord, le T9. Le T9, c'est un truc impossible à expliquer mais que nous connaissons pourtant tous. Ca permettait, à l'époque où Alf passait encore à la télé, d'écrire des sms plus vite que les autres mortels qui ne connaissaient pas la technique. En fait, T9 c'est l'abréviation de "Text on 9 keys", soit les touches 1 à 9 de votre téléphone (enfin, de mon téléphone, pas du vôtre, vu que vous avez un iPhone, arrêtez de crâner ça commence à bien faire!), et c'est une technique d'écriture prédictive censée deviner ce que vous avez en tête. Par exemple, quand je veux écrire "on va au ciné ce soir?", T9 devine que mon désir profond et inconscient est d'écrire: "Mo ta cu aime be pois?", qui est probablement une forme de langage maori, partie de ma mémoire génétique insoupçonnée. 

Ensuite, ce qui m'a fasciné, c'est de retrouver la sensation incomparable de... l'accusé de réception! Les possesseurs d'iPhone auront sans doute regretté, lors des premières minutes d'utilisation de leur nouveau jouet, l'absence de cette petite sonnerie magique qui semble mettre le coeur à l'aise: "Oui, il a reçu votre message!". C'était le bon temps, celui où il était difficile de dire: "Ah non, je ne l'ai pas reçu... hum". Le temps où l'on envoyait un message à 9h00 du matin et l'on recevait l'accusé à 12h30 en se disant: "J'en connais un qui a fait la grasse matinée!". Ceci dit, cela fait vibrer mon GSM deux fois plus et augmente la sensation désagréable de Parkinson.

Le dimanche est aussi le jour des repas familiaux. De ceux où l'on arrive chez sa douce maman qui vous regarde d'un air attendri, presque satisfait, en vous disant: "Alors mon chéri? On a cassé son téléphone?"...

Finalement, le dimanche n'est qu'un jour comme les autres.
Un jour de plus sans mon iPhone.  


dimanche 14 octobre 2012

Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 4 : Le réflexe

Posséder un iPhone, c'est développer toute une série de réflexes, pour la plupart inutiles, qui commencent tous par le même geste: attraper le téléphone. Par exemple, le réflexe d'ouvrir l'application 7sur7 pour vérifier si une dame de Marcinelle n'a pas trouvé, capturé et nourri un scorpion sauvage (en opposition aux scorpions apprivoisés vendus sur le marché de Jumet). Ou encore, celui de regarder la météo à Melbourne alors qu'on n'a pas la moindre intention d'aller en Australie mais juste pour avoir l'occasion de dire "Ha là-bas au moins il fait bon!". Je ne parle même pas des réflexes Facebook, e-mail, Twitter et autre Foursquare qui nous rendent la vie plus belle lorsque l'on est aux toilettes ("Jonathan a effectué un check à 'Toilettes de La vie est belge de Mons', le classe). 

Etre dépossédé de son iPhone, c'est devoir réapprendre toute une série de gestes simples mais devenus désuets. Des gestes qui devraient remplacer celui qui, chez moi, consiste à mettre ma main dans la poche et à sortir mon portable. Par exemple, chercher une recette dans un livre de cuisine qui n'a pas la taille d'une biscotte; regarder un plan de métro en pouvant distinguer plus de 4 stations en même temps; lire le programme TV en se disant qu'on va pouvoir faire des mots croisés à la fin et lire la page BD du Petit Spirou; regarder quelle heure il est là où on se trouve sans avoir besoin de savoir quelle heure il est dans 5 autres villes dans le monde; prendre des photos avec... un appareil photos; aller faire ses courses au Carrefour sans avoir besoin de "checker" sa position et d'informer ses 235 amis Facebook qu'on y est; et pour finir, pouvoir aller au restaurant sans prendre une photo de ses plats et les mettre sur Instagram. Bref, il faut passer par une phase de déconstruction mentale intense, douloureuse et très, très perturbante!

Ce matin, j'ai saisi mon téléphone et je lui ai dit: "Envoie un SMS à Michela". Et vous savez quoi? Il n'a absolument pas réagi! RIEN! Pas le moindre bruit, pas la moindre petite illumination. J'ai regardé l'appareil en ne comprenant pas pourquoi il ne me répondait pas: "Que voulez-vous écrire à Michela?". L'Ancêtre restait muet comme une carpe (ou comme une tombe, ça dépend de l'état d'esprit. Parce que aujourd'hui, j'ai été voir "Le magasin des suicides" au cinéma et franchement, je me disais que... heu, pardon, ça n'a rien à voir...). Hé ben non, un Sony Ericsson W595s, ça ne répond pas quand on lui parle. C'est comme ça. Je dois m'y faire. Et vous aussi. Merde à la fin.

Parfois, des amis me regardent tristement, apitoyés par ma détresse. Alors, ils mettent la main sur mon épaule et me tendent leur iPhone en me disant: "Tiens, tu peux l'avoir un peu". Après avoir dépassé la phase où je me sens comme un enfant de 8 ans à qui on accepte de prêter la télécommande d'une voiture téléguidée, j'accepte le présent et me prends une bouffée d'air salutaire. C'était le cas ce soir lorsque Isabelle m'a tendu son précieux. Mes pouces affolés ont rapidement retrouvé les chemins des applications et mon cerveau est repassé du mode T9 au mode "touch-and-play" en quelques secondes. Pris dans une sorte de délire psychotique, je ne me suis pas rendu compte que j'étais en train de faire un check sur Foursquare dans le restaurant où nous avons dîné, avec, en prime, une photo et un partage automatique sur Facebook. Tout ceci sur un compte qui... n'était pas le mien. Le réflexe de la honte est également tout à fait intact, je vous rassure.

Pris d'une féroce détermination, j'ai repoussé les limites de mon Ancêtre! Je suis parvenu à publier un statut sur Facebook. Une prouesse technologique hors du commun! J'ai d'ailleurs été immédiatement contacté par Sony Ericsson qui pense peut-être pouvoir utiliser mes services. Et comme pour faire hommage à de bon vieux réflexes, j'ai évidemment publié un statut... qui ne servait vraiment à rien...

Et demain est un autre jour...
... sans mon iPhone...!

samedi 13 octobre 2012

Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 3 : L'impossible

La journée avait pourtant bien commencé...

D'une part, j'avais pris soin de placer mon iPad juste à côté de mon lit, histoire de pouvoir garder quelques bonnes habitudes au réveil: un check mail et Facebook avant le pipi du matin. D'autre part, en arrivant au boulot, je remarque que ma collègue (la même que la veille dont je n'ai pas cité le nom mais qui s'est manifestement reconnue) est prise de puissants remords. Elle avait confectionné avec ses feuilles de brouillon un petit paravent placé stratégiquement devant son iPhone, histoire d'ôter l'appareil de ma vue et, de la sorte, atténuer ma souffrance. Tant d'attention m'a vraiment touché.

Mais voilà que l'Ancêtre me fait sursauter une fois de plus de ces pénibles vibrations. J'avais reçu un message du 1991. Quand on est chez Base, recevoir un message du 1991 c'est toujours mauvais signe. Soit c'est votre facture (ouille!), soit on vous annonce que vous avez dépassé votre forfait (ouille! ouille!), soit, encore, on vous prévient que vous avez dépensé 120€ de data en roaming et que, juste au cas où vous ne souhaitez pas devoir y mettre votre prochain salaire, le service est momentanément interrompu. Cette fois-ci, je lis: "Vous avez un reçu un MMS du numéro 0032485xxxxxx dont la lecture est impossible avec votre GSM". Dans ma tourmente, je décrypte rapidement le message qui m'est directement adressé et lis plutôt: "Vous, pauvre looser sans iPhone, vous venez de recevoir un MMS de votre amie Isabelle qui, elle (!), a un iPhone et peut donc prendre de jolies photos de moments magiques de son existence et les partager avec tous ses amis qui, eux aussi, ont des iPhones. Allez mourir dans votre honte". 

L'Ancêtre, c'est toute l'histoire de l'impossible...

"Impossible d'envoyer votre SMS, votre mémoire est saturée. Veuillez effacer des messages."
Effacer un SMS? Mais enfin? Pour quoi faire? Ca s'efface un SMS?

"Impossible de se connecter à Internet, version du software obsolète."
Déjà, ça veut dire quoi obsolète? Et puis, on ne viendra pas me faire croire qu'il y a des softwares dans ce vieux truc! 

"Impossible de configurer les MMS sur votre appareil."
Surtout, ne me dis pas pourquoi, espèce de petit c*n...

"Impossible d'ajouter un contact, voulez-vous supprimer 'papa'?"
Nan mais ça va pas? Le truc il veut carrément supprimer mon père! Mais ça va être la guerre!

Tel un zombie revenu des limbes de l'enfer, l'Ancêtre se venge! Jaloux d'avoir été surpassé par la technologie du futur, il prend un malin plaisir à me brider dans chacun de mes mouvements. Impossible de regarder la météo. Impossible d'atteindre mon agenda. Impossible de vérifier le titre de la musique qui passe à la radio... Mais je ne me laisserai pas faire! D'abord, j'ai trouvé le numéro d'un service météo vocal (qui taxe 0,45€ la minute mais je m'en fous, je vais pas me laisser faire!). Ensuite, j'ai dégoté un vieil agenda de 1984 (dont les jours sont exactement identiques à ceux de 2012 et que je peux donc utiliser tranquillement. Et tac!). Enfin, j'ai décidé de me connecter en permanence aux listes de diffusions des principales radios du pays et d'organiser un système de tri en fonction des heures de passages pour pouvoir retrouver n'importe quoi, n'importe quand. Pfff! Fastoche, fastilinoche! 

La lutte se poursuit!
Je survivrai!

2 remarques post-liminaires:

1) En regard de la chronique du jour 2, Guillaume vous fait savoir qu'il n'était aucunement intéressé par de nouvelles sensations. C'est donc la témérité qui l'a poussé jusque dans ses retranchements.
2) Je me demande combien d'entre vous iront vérifier que l'année 1984 colle effectivement avec les jours de 2012...

vendredi 12 octobre 2012

Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 2 : Les moqueurs.

De tout temps et à tous les âges, il a toujours existé des gens pour se moquer ouvertement du malheur d'autrui: de ceux qui tombent en se prenant les pieds, de ceux dont la langue fourche, de ceux qui disent une bêtise par inadvertance et, aussi, de ceux qui doivent renvoyer leur iPhone en réparation à l'usine pendant trois semaines. La terre est peuplée de nombreux mécréants...

Ainsi, si beaucoup de mes amis proches compatissent à ma douleur avec franchise (Hum!), sincérité (Hum! Hum!) et considération (Mouarf!), d'autres semblent s'enivrer d'un étrange plaisir à la torture. C'est ainsi que ce matin, mon adorée collègue (dont je ne citerai pas le nom afin d'éviter que sa façade ne soit recouverte d’œufs pourris par les sympathisants à ma cause) n'a pas manqué, dès mon arrivée, de coller son iPhone contre son oreille en entonnant bien fort: "Ouais ouais, franchement c'est vraiment génial d'avoir un iPhone, c'est top ouais". Pourquoi tant de cruauté? Non satisfaite de sa magistrale entrée, elle a posé le Graal à quelques dizaines de centimètres de moi et l'a laissé sonner, vibrer, s'illuminer, chanter la Marseillaise et me narguer de son écran tactile toute la journée! De mon côté, l'Ancêtre a tenté la concurrence avec quelques ronronnements somme toute assez bruts, grossiers et décapants, sans parvenir à les faire sourciller (ni ma collègue, ni l'iPhone).

Ce soir, alors que je m'apprêtais à me changer les idées et à retrouver des amis, laissant derrière moi la douleur de l'absence, je ne me doutais pas qu'un bourreau sanguinaire aiguisait sa hache mortifère. En effet: à peine entré dans le bar, celui qu'on appellera Guillaume (puisque c'est son nom), sorti de sa poche son iPhone et d'un sourire dégoulinant de suffisance, l'agita sous mes yeux. Pris d'un sursaut de colère (il faut savoir que j'avais très faim et que je venais d'apprendre que le bar ne servait pas de nourriture et que Demis Roussos allait probablement mettre un terme à sa carrière), je lui ai proposé de manière très urbaine de lui placer son iPhone dans une partie de son anatomie savamment choisie afin que le mode vibreur puisse lui procurer des sensations jusque là inédites. Ma menace ne l'a pas pour autant arrêté dans son élan (l'histoire ne dit pas cependant s'il s'agissait là d'un acte d'une inconsciente témérité ou d'un désir enfoui de connaître ces sensations inédites que je venais de lui évoquer). Une kyrielle de petits mots assassins s'en sont suivis, montrant du doigt mon retour à l'âge de pierre, et ceci alors qu'autour de la table, les pommes argentées des autres conviés scintillaient sous les spots de l'établissement. 

Guillaume, magnanime (Guillaume peut consulter la définition de ce mot en utilisant le site Wikipédia), m'a néanmoins mis son engin entre les mains (!), quelques minutes seulement, histoire de provoquer un lâcher d'endorphine, un apaisement temporaire de mon corps tout entier. L'objet entre les mains, pris au dépourvu, je me suis contenté de rechercher l'origine de l'expression "Chat échaudé craint l'eau froide" ainsi que sa signification exacte. J'étais quelques peu rassuré sur le fait que l'on échaude rarement les chats (sauf lors de certains rituels vaudous mais là, c'est pas pareil) mais surtout, rassasié pour quelques temps de la douce sensation des doigts qui glissent sur l'écran...

Il me manque...

Et demain est un autre jour.
Un autre jour sans mon iPhone.   

mercredi 10 octobre 2012

Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 1 : Le départ.

La première fois que le bouton "marche/arrêt" a montré des signes de faiblesse, j'ai su qu'il était inéluctable que l'on en arrive là. J'ai retardé l'échéance, encore et encore. Jusqu'à ce que ce petit mécanisme ne réponde absolument plus, me forçant à une gestion rigoureuse de la batterie afin que jamais il ne s'éteigne. Mais voilà. La date fatidique de la fin de la garantie approchait. Je devais prendre une décision. Difficile. Tragique. C'est hier que j'ai fini par admettre la triste réalité: j'allais devoir rentrer mon iPhone à la réparation.

Une angoisse profonde m'a alors submergé. J'ai senti mon coeur s'emballer et mes tempes cogner. L'heure des multiples backups avait sonné! Photos, vidéos, répertoire, SMS,... je savais pertinemment que tout allait disparaître et je devais faire preuve d'une parfaite minutie dans la sauvegarde de mes données. La manœuvre m'occupait l'esprit. C'était mieux ainsi.

Il a également fallu ressortir celui que l'on appellera "l'Ancêtre". Il avait disparu au fond d'un tiroir, protégé telle une relique, contenant encore des SMS écrits alors que la 3ème saison de Friends n'était pas encore sortie! Il a fallu le dépoussiérer, le nettoyer, le chouchouter... et prier les dieux de la téléphonie pour que le branchement au jus électrique ranime son petit coeur éteint. Les premières secondes après la connexion ont été longues de silence. Mais quel sourire sur mon visage lorsque son corps chétif a exulté d'une vibration chaotique, intense. J'allais pouvoir rester (partiellement!) connecté au monde moderne. Ouf!

J'ai laissé mon iPhone soupirer ces derniers pourcents de vie et je l'ai regardé me saluer de sa pomme blanche avant de définitivement sombrer dans les ténèbres. J'ai extrait ma carte SIM comme on aurait extrait un rein (ou une rate, ou un foie... encore que je ne sais pas si on extrait souvent les foies). Avec beaucoup d'humilité et de recueillement, je l'ai déposé dans son écrin de naissance que j'avais gardé précieusement. C'était fini. Je souffrais.

Aujourd'hui, le soleil brillait et je ne comprends toujours pas pourquoi. La vie continuait son cours et personne ne semblait se rendre compte de rien. J'avais envie de hurler à tout va: "Mais arrêtez tout! Faites quelque chose! Vous ne vous rendez donc compte de rien? Je vais abandonner mon iPhone pendant...3 SEMAINES!". Mais la foule ne faisait rien de mon regard dépité et de ma mine défaite. Comme si cette épreuve n'était pas suffisante, il a fallu que j'achète mon bijou dans la cité carolorégienne. Inévitablement, j'ai dû traverser la ville-champ-de-guerre jusqu'à la boutique Mobistar, lieu de la dernière onction.

On m'explique alors, avec une froideur qui me déplaît particulièrement, que mon appareil va être renvoyé chez Apple pour vérification, que toutes les données seront effacées et qu'après une série d'étapes dont je n'ai cure (ou dont je me tamponne allègrement, c'est selon.), on attesterait de sa mort et m'en procurerait un neuf. Je n'ai pas eu le coeur à demander si l'on ne pouvait pas m'en donner un neuf tout de suite... non, pas comme ça, pas sur son corps encore chaud. Il faut un deuil. C'est comme ça. Je ne félicite pas la charmante blondasse qui, dans l'irrespect le plus total, a tenté de me débaucher de chez mon opérateur et de me faire souscrire un abonnement "Dauphin". Nan mais oh! J'ai une gueule de dauphin moi? Bref...

Voilà 24h que je n'ai plus d'iPhone. Le manque n'est pas encore trop présent. Pour l'instant, j'essaye de combler son absence en jouant avec le T9, en relisant mes anciens brouillons, en essayant de configurer les MMS sur l'Ancêtre... mais je ne me leurre pas! Je sais que les moments les plus difficiles restent encore à venir...

J'ai peur.
Il fait froid.
Quelle est cette lueur que je vois, là-bas, au bout du tunnel...?

Affaire à suivre...

jeudi 20 octobre 2011

John, un client qui vous veut du bien

Ce matin-là, je suis resté planté devant mon dressing débordant pendant plusieurs minutes, atteint du syndrôme féminin du « jérienàmemettre » et hautement sceptique face à cette mi-saison que je ne sais comment habiller. Je décide donc d’assumer pleinement mon côté acheteur compulsif, hérité de gènes maternels endurcis par trois générations de professionnelles de l’achat. Ce midi, j’irai chez Jules pour acheter des pulls. Dans la vie, il faut des objectifs, pas vrai ?

C’est ainsi qu’après un léger repas, je me dirige donc vers ma boutique de prédilection où, étrangement, les vendeuses connaissent presque toutes mon prénom. Je déambule dans les allées, seul dans le magasin, jusqu’à me faire alpaguer par une charmante vendeuse : vendeuse 1. 

 
-    Bonjour monsieur ! Vous avez vu notre promotion ?

Je souris en opinant de chef et en pointant les 72 affiches qui hurlent, en orange sur fond noir, qu’il y a 15 euros de réduction à l’achat de deux pulls.

-    Ben oui, j’ai vu, oui…

Pris d’un doute subtil entre pulls, gilets, sweats et autres innovations vestimentaires, je me permets la question :

-    Dites-moi, qu’est-ce qui rentre dans la catégorie « Pulls »
-    Hé bien…heu…les pulls…

Et là je me dis : mais oui John, bien sûr ! Et pourquoi j’y avais pas pensé plus tôt ! Face à mon rictus qui semblait dire  « mais vas-y, prends-moi pour un con, je te dirai rien », elle me précise que certains clients apportent des chemises et des pantalons en réclamant la promotion et en refusant catégoriquement de comprendre qu’une chemise ou un pantalon, hé bien, c’est pas un pull ! Bref, après cette petite mise au point, je me dirige les bras chargés vers la cabine d’essayage.

Parenthèse technique d’usage : les cabines d’essayage sont illuminées par des spots entourés d’un cylindre métallique dont les bords se trouvent être très…très tranchants. Fin de la parenthèse.

Je m’ingénie donc à l’essayage des pulls quand soudain, mes immenses bras en gesticulation amènent ma main gauche à percuter violemment l’éclairage de la cabine (cf. parenthèse d’usage). Je lâche un « outch ! » ferme et discret. Vendeuse 2 :

-    Tout va bien monsieur ?
-    Oui, oui…

Pff ! Même pas mal ! Je continue donc mes essayages quand tout à coup, je me rends compte que le miroir est maculé d’une giclée  de sang, digne de celle d’un serial killer qui aurait abusé de son couteau suisse. Deux possibilités : soit mon ami Dexter n’est pas très loin et les vendeuses ne vont pas tarder à y passer, soit cette douleur au doigt n’est pas si innocente que cela. De fait, ma main, ainsi que le sol de la cabine, ainsi qu’un bonne partie des pulls que je viens d’essayer, ainsi que la banquette, ainsi que le rideau se sont transformés en un remake de Psychose.

-    wow wow wow ! * panique *
-    Tout va bien monsieur ?
-    Ah ben non ! Non, là y a comme un problème…
-    Vous voulez une taille au-dessus ?

Vendeuse 2 arrive à mon secours et découvre la scène. Panique ! « Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! ». Je souris, me voulant rassurant…ce qui provoque chez elle une étrange hystérie. Pendant que le sang continue à couler, les vendeuses lancent un plan d’urgence de sauvetage…des pulls ! « Ne bougez pas de là monsieur ! Je prends les pulls ! ». Ha ben oui, prenez donc, ce serait quand même dommage que je ruine les vêtements en me vidant de mon sang… Hum ! Rapidement, vendeuse 2 nous ramène une trousse de secours de la taille d’un caddie du Colruyt et je me mets soudain à l’imaginer me suturer avec du fil à coudre et une aiguille à raccommoder…les pulls !

Rapidement, les trois vendeuses sont à mes pieds et me couvrent de soins : pansements, désinfectant, sparadraps, compresses. Vendeuse 1, avant de m’appliquer une bonne dose de désinfectant, me prévient, l’air pincé, que ça pourrait « piquer un peu ». Amusé par la situation improbable, je sors ma carte « humour de base » et au moment où le produit froid touche ma peau, je me mets à hurler gravement « whouuahhahahah !!! ». Vendeuse 1 se met alors à hurler avec moi jusqu’à ce que j’annonce : « Nan mais je déconne, hein ! ». Ca amuse beaucoup vendeuse 2 et vendeuse 3. Vendeuse 1, elle, ne trouve pas vraiment ça drôle. Bon, ok, je sors ! Le doigt enturbanné, je peux continuer mes essayages presque tranquillement.  Merci les filles.

Prise d’un certaine affection pour l’homme blessé que je suis, vendeuse 2 devient alors mon coach personnel : « Dites, vous allez en prendre un 4ème hein. Non ? C’est bête sinon, vous perdez 15 euros. Montrez-moi un peu ce que vous avez pris. ». Je trouve ça amusant et décide donc de me laisser faire. Je lui précise que je n’ai rien vu d’autre mais vendeuse 2 a plus d’un tour dans son sac :
-    Bon attendez un peu. Regardez moi.
-    Hein quoi ?
-    Ben oui, regardez moi et faites moi un beau sourire
-    *sourire bête*
-    Hmmm…vous avez déjà essayé les losanges ?
-    Hein ?
-    Les losanges ? Vous avez déjà essayé ?
-    …Hein ?





Elle me propose donc un charmant petit pull dont elle me vente les mérites. Incrédule, je me dirige néanmoins vers les essayages (avec une petite angoisse depuis l’incident). Et vendeuse 2 me suit ! Mais oui !

-    C’est gentil mais je peux essayer tout seul.
-    Ah ! Heu…ben oui mais je veux voir ce que ça donne hein !
-    Hmmmm

Après tant et tant d’attention, je finis à la caisse (les losanges dans mon panier d’achat) où vendeuse 1 semblait impatiente de me voir arriver. Il fallait bien une petite cerise sur le gâteau…non ?

J’avais préalablement flashé sur une ceinture…mais pas n’importe laquelle ! L’objet ne possède aucun trou et se compose uniquement, à une extrémité, de deux anneaux placés côte à côte. J’ai beau travailler dans le milieu de l’innovation, il s’agissait-là d’une prouesse technique dont le fonctionnement m’échappait. Je demande donc, en tout naïveté, à vendeuse 1 si, à défaut d’un mode d’emploi détaillé, elle peut me faire une démonstration. Vous saurez que les vendeuses de chez Jules sont vraiment, mais vraiment dévouées. A tel point que la gentille demoiselle quitte son comptoir pour s’agenouiller devant moi et réaliser sa démonstration directement sur le client !

C’est donc avec étonnement et rires étouffés que les autres vendeuses et clients observent la scène de la demoiselle dans sa position pour le moins suggestive, tirant avec force sur les anneaux de la ceinture pour s’assurer de la bonne mise en place…de l’engin !

« Voilà Jonathan ! Vous allez vous en rappeler de votre passage chez Jules le 19 octobre ! ». En me tendant mon sac de vêtement, elle prend soin de vérifier que mon doigt tient toujours en place et elle me glisse un bon de réduction de 15 euros sur mes prochains achats, le tout accompagné d’un clin d’œil complice et d’un petit chuchotement : « A bientôt hein !! ».

John…un client qui vous veut du bien… !

lundi 5 septembre 2011

Vous chantiez? J'en suis fort aise ! Eh bien! Ecopez maintenant…


Après les 2 mois de novembre successifs que nous venons d’éprouver et avant que la Toussaint, la vraie, n’arrive avec son cafard ambiant, nous avons eu envie de célébrer une journée estivale. Oh, rien de bien farfelu : un barbecue. Une discipline socialement admise qui consiste à braiser divers morceaux de viande (pour la plupart embrochés sur des morceaux de bois) par-dessus des charbons ardents, à déguster avec du vin rosé, de la salade de pâtes froides et de la sauce andalouse. C’est simple. C’est bon. Banco !

Tout a commencé par les courses. La magie de la boucherie Colruyt fonctionne en général assez bien : une fois la commande remplie et le ticket agrafé à sa chariote, il ne reste qu’à attendre que Wanda (c’est la voix de la boucherie Colruyt) entonne son mythique : « la commande numéro 498 est prête à la boucherie ». Efficace. C’était sans compter la population environnante qui, tout aussi intéressée que moi par les disciplines socialement admises, avaient tous décidé de profiter du seul samedi d’été ensoleillé de l’année 2011. Ah oui, j’oubliais : le barbecue veut apparemment aussi que parmi les bouts de viande, il y ait des brochettes de bœuf. Du coup, j’ai attendu mes brochettes durant 40 longues minutes…ce qui m’aura permis de tirer diverses conclusions :
-        Mme Denis recevait son beau-frère qui est allergique au porc (en fait, il est en train de se convertir à l’Islam mais n’a pas encore osé avertir sa famille) ;
-        Le legging revient à la mode, plus fleuri que jamais, chez la ménagère de moins de 50 ans ;
-        Un enfant de 3 ans est capable de lécher la poignée d’un caddie sur toute sa longueur au moins 7 fois en 1 seule minute.

Les précieuses brochettes en main, il était temps de retrouver mon Laurent, de l’autre côté de la caisse, qui avait probablement dû ranger toutes les vidanges par taille et par étiquette.

Le soir arriva enfin ainsi que nos invités. Et là, le bonheur ! L’air chaud nous caressait le visage, la lumière se tamisait et le soir finit par tomber. Les bougies se mirent à scintiller sur les bords de fenêtres et on sortit même le lampadaire pour compléter la scène. Le barbecue bien chaud (embrasé à l’aide d’un sèche-cheveux et d’une boite de céréale…si, c’est important !) reçut bientôt le poulet mariné, les brochettes de bœuf, les merguez…tout le monde participait au dressage de la table et dans la liesse qui nous animait, les flashes lumineux qui éclairaient le ciel ne nous semblèrent pas menaçant. Bande de naïfs ! « Bha ils n’ont prévu des orages que dans la soirée ». 22h15, dans nos régions tempérées, c’est donc bien la soirée. Info confirmée.

Alors que les convives finissaient leur première assiette et que la viande, tournée 2, crépitait sur le feu, le vent  commença soudain à monter. « Pas de panique ! Tranquille ! Qui veut un verre de vin ? » Mais la pluie, par petites goutes, accompagna bien vite les rafales. « Nan mais c’est rien, on va juste reculer un peu la table et ça va bien se passer ». Et là, ce fut le drame. L’apocalypse. La fin des temps. Le ciel se mit à déverser des trombes d’eau insensées. Tout s’envola : les serviettes, les sauces, les pâtes, les gens…comment ça j’exagère ? Un peu, seulement. Un fou rire s’empara de l’assemblée qui, dans une organisation plus que discutable, se mit à rentrer le campement. Tout le monde passa à la douche en emportant le pain ou la sauce andalouse. Et là, Laurent et moi, n’écoutant que notre courage, nous décidâmes de plonger sous la pluie et de sauver le poulet et les boudins toujours en cuisson sur la barbecue déjà éteint ! Dans un fou rire à peine imaginable, je me lançai sous la nuée et me retrouvai trempé en quelques secondes seulement. En bon gay bien appris, et malgré la tempête, j’essayais d’utiliser la pince à barbecue (un objet lui aussi socialement admis dans la discipline) pour attraper la volaille et la mettre dans le plateau. Le 1% hétéro de Laurent allié au torrent glacial qui se déposait sur son dos ont bien vite changé la donne : il se mit à attraper les boudins directement avec les mains, à les jeter dans le plateau en criant : « Tiens ! Tiens ! Prends ça ! Tiens ! Vas-y ! ». Wow !

Ca y était ! Ouf ! Tout et tout le monde était à l’abris, y compris les précieuses grillades. Après un léger moment d’hébétement et plusieurs fous rires, deux serviettes éponges plus tard, la table était recomposée par nos invités. Les verres de vin retrouvèrent leur propriétaires et la fête sembla pouvoir recommencer de plus belle… l’adrénaline s’effondra un peu et nous rendit le climat d’insouciance dont nous profitions jusque là. Quand soudain, alors que la tarte tchèque d’Isabelle venait d’être servie, accompagnée de sa glace « Nuit de Macadamia », le petit Stijn, 4 ans et demi, cru bon de faire remarquer à cette bande d’adultes inconscients que de l’eau, beaucoup d’eau, semblait s’infiltrer dans l’appartement. « Mais non hein Stijn, c’est rien, c’est… ». Ah si, c’est quelque chose…

Dans l’empressement du premier coup d’adrénaline, nous n’avions pas prévu que le carton de céréale (je vous avez dit que c’était important !) allait venir boucher l’évacuation de la plateforme et diriger l’eau tout droit vers la terrasse, d’abord, et jusqu’à la porte de l’appartement, ensuite. L’eau s’infiltra rapidement, les invités reprirent les rennes de l’opération « Sauvons le barbecue de Laurent et John ! ». Tout le monde s’agitait et moi je perdais les pédales. On me demandait de trouver des seaux et des torchons. Je paniquais. Je balançais des bassines, des boites Tupperwaere, des lingettes à poussière et des lavettes Vileda. Tout ce que je trouvais et que mon cerveau estimait absorbeur d’eau ou contenant était balancé d’un geste nonchalant et artistique vers les amis qui, eux, semblaient avoir compris mieux que moi ce qu’il y avait à faire.  Et ça écopait en rythme, au milieu de rires parfois crispés. Pendant ce temps, alors que j’avais peu à peu l’impression de revivre « Le jour d’après », je ne trouvais rien de mieux à faire que d’immortaliser le moment et de prendre quelques photos. Ben quoi ? Moi, la photo, ça me détend…

Plus de peur que de mal ! Après quelques dizaines de minutes, tout le monde s’effondrait, éreinté de tant d’aventures. Le dévidoir était fonctionnel, l’appartement était racletté (du verbe « racletter », passer un coup de raclette vite fait) et je reprenais ma glace presque fondue alors que Stijn fignolait le travail au moyen d’une Vileda toute neuve.

J’en suis resté incrédule et médusé. Mais le souvenir est heureux et les rires étaient sincères. Je pense qu’au prochain barbecue, quand je dirai : « On mange à l’extérieur ou… ? », je sais ce que l’on me répondra : « Ca dépend…t’as des torchons ? ».

Et d’imaginer la fourmi ayant observé la scène, déjà bien nourrie de nos miettes et prête pour l’hécatombe orageuse (elle!), morte de rire, tapant de son poing-patte sur le sol : « Vous chantiez ? J’en suis fort aise ! Hé bien écopez maintenant ! »