Un jour, dans sa vie, on a 33 ans (en tout cas, pour ceux qui tiennent le coup jusque-là, et c’est quand même pas rien). Et quelques mois plus tard, on monte sur cet objet anodin soudain devenu diabolique : la balance. Et là, on s’aperçoit que les belles années de brûlage facile des monstrueuses calories sont loin derrière. On atteint ce fameux « poids le plus haut jamais atteint dans sa vie ». On sent la haine et le désespoir monter en soi. On hurle ô désespoir en maudissant cette bouffe ignominieuse. On repense aux lasagnes, aux Magnum, aux pâtés de saison, aux sandwichs poulet mayonnaise avec des crudités (parce que les légumes, c’est bon), aux barbecues presque inoffensifs (ben oui, c'est grillé non?) et à ces viles tentatrices de frites (s*l*p*s !). On repense à toutes ces fois où l’on s’est dit « c’est déconner quand même » en pensant « je m’en carre, j’ai envie de bouffer, je bouffe ». À genoux dans sa salle de bain, dos au miroir (jamais de face dans ces cas-là !), on se prend la tête dans les mains quelques instants et puis on regarde le ciel en criant : pourquoi, mais pourquoi môa ?
Et puis, dans cette piteuse lamentation, un sursaut ! Il n’est pas encore trop tard... mais si tu te bouges pas les miches, elles vont devenir comme des citrouilles d’Halloween (aussi grosses et aussi moches) et tu seras interdit de port de maillot de bain pendant les 10 prochaines années.
Bref, j’ai décidé de me prendre en main, alimentairement (même si le mot n’existe pas), sportivement (celui-là est correct, j’en profite) et... littérairement ! Hé bien oui ! Je me suis demandé quelle motivation, quel moteur encore jusqu’ici inexploité (et j’aime autant vous dire que j’ai déjà épuisé un paquet d’idées farfelues, puisque j’ai même employé le strip-tease sur fond de pièce de théâtre) je pourrais utiliser pour retrouver un poids raisonnable et une taille qui m’évitera de devoir renouveler toute ma garde-robe en taille 44 pendant les soldes 2015.
3 réflexions :
1) ça fait longtemps que je ne me suis plus épanché sur ce blog et le fil conducteur de l’écriture peut éventuellement flageller mes mauvaises habitudes lipidiques et glucidiques ;
2) proclamer publiquement un tel défi va (je l’espère) me foutre sur le dos une forme de pression sociale complètement irrationnelle qui me poussera, par une fierté mal placée et pour mon égo neurasthénique, à poursuivre mon défi avec acharnement et persévérance (amen);
3) vivre un régime (le mot est lancé) est une véritable aventure, un parcours du combattant semé d’embuches, de défis, de tentations, de mauvaises blagues, de moments de doute. Et tout cela, si c’est partagé, ça peut être plus facile à vivre.
Je me lance donc, ce 29 juin 2015, dans l’opération « 3Kg avant qu’il ne soit trop tard ». Fin de l’expérience dans 1 mois, le 29 juillet 2015.
Votre soutien, vos réflexions, vos idées et votre sollicitude me seront d’une aide précieuse. Car mine de rien, pour un nerveux, gourmand, noyé dans une vie professionnelle qui laisse à peine le temps d’aller pisser, constamment en train d’être soumis aux pires atrocités comestibles... ça promet d’être folklorique.
Nous vaincrons.
lundi 29 juin 2015
lundi 24 décembre 2012
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 13 : Le doute
C’est ce matin en me brossant les dents qu’il est arrivé. Quelques instants de mégarde et 12 jours de sevrage auront suffit à m’y plonger. Je ne l’ai pas vu arriver et pourtant, il était là, dans l’écume blanche qui s’écoulait de ma bouche, dans les cernes profondes de mes yeux, dans les petits mouvements saccadés de ma paupière gauche qui hurle au manque : le doute ! L’odieux ! Et si, au fond, je n’avais pas besoin d’un iPhone ?
Je me suis alors mis à délirer. Mon cerveau ramolli par une si longue déconnexion a produit des idées farfelues. J’ai donc imaginé que, peut-être, ce besoin ancré si profondément n’était que le résultat d’une énorme machinerie capitaliste. Et si tout ceci n’était qu’un coup monté ? Et si ce besoin avait été créé de toutes pièces par des magnas de l’industrie, agissant en toute impunité ? Et si, finalement, il y avait moyen de vivre sans cette technologie ? Continuant dans mon délire, je me suis mis à imaginer des petits bonshommes véreux en cravate Tiny Toons qui se rassemblent autour d’un feu lors des solstices et font sonner en cœur leurs Nokia 3310 en se moquant des pauvres gens qui sont tombés dans leur panneau. Je les vois rire à pleines dents en comptant leurs dollars et en dénigrant ces pauvres acharnés qui s’usent les doigts sur les écrans d’un objet dont personne n’aurait jamais eu besoin si eux n’avaient pas eu la bonne idée de l’inventer.
L’idée m’est donc venue de peut-être pouvoir éventuellement, qui sait ?, dans un contexte probablement envisageable…vivre sans iPhone. Quel choc pour l’esprit ! Etouffé de ce doute existentiel, je me suis alors entendu dénigrer la machine. Vivre sans iPhone, c’est peut-être éviter de se choper une tumeur au cerveau (même si on a téléchargé l’application « Wave Breaker » qui vous promet de capturer les mauvaises ondes pour les envoyer dans univers parallèle par génération d’un portail interstellaire). C’est aussi échapper à une crise de spasmophilie au rayon fromages du supermarché parce que la batterie est à 4% et que ces maudits magasins ne proposent pas de bornes électriques pour les situations d’urgence. Ne pas avoir d’iPhone, c’est encore économiser de précieux euros qu’on ne dépensera pas dans les applications « Prouts du monde » ou « Prends toi en photos et transforme-toi en Hobbit ». C’est aussi préserver ses empreintes digitales qui auront probablement disparu après 7 ou 8 ans d’utilisation intensive.
Plus d’iPhone. Il fallait donc se représenter avec, dans la poche, un de ces appareils qu’on appelle fréquemment « téléphone portable » et dont la fonction de base et essentielle serait de…téléphoner ! C’est là que je suis définitivement parti en vrille ! J’explosais littéralement contre ces technologies barbares qui me bouffaient mon temps, mon énergie, mon argent. Je me suis mis à chercher un Nokia 3310 sur eBay et une cravate Tiny Toons. Je me préparais psychologiquement à utiliser un agenda papier ainsi qu’un crayon avec une petite gomme au bout (une rose, toute sale, que j’aurais bouffée après à peine deux jours), de gros bottins jaunes, des cartes géographiques à l’échelle 1 :10.000, des petits livrets avec les horaires des séances de cinéma et de grands appareils bancaires pour faire des virements et payer mon abonnement GSM à 15 euros qui ne comprendra plus que 100Mo de trafic web que je n’utiliserai jamais.
Dans la foulée, j’aurais, pourquoi pas, ressorti ma machine à pain et été quérir mon levain au moulin du village ; moulin que j’aurais racheté pour y installer une petite demeure pleine de charme, loin des réseaux de la ville. Je me serais remis à écrire des lettres sur du papier avec de l’encre et à acheter des timbres à la poste en m’inquiétant de l’heure de la levée du courrier. Je me serais mis à acheter « Bio » et « équitable », j’aurais promulgué des slogans provocateurs lors de l’installation d’antennes GSM, j’aurais récupéré l’eau de pluie pour pouvoir laver mon linge dans une grande bassine en cuivre avec du savon de Marseille. J’aurais cultivé mes choux-fleurs, mes tomates, mes radis. J’aurais fait de la soupe que j’aurais distribuée aux pauvres durant l’hiver. J’aurais nourri les oiseaux avec du saindoux (qui eut cru que je parviendrais à placer le mot « saindoux » ?) que mon boucher me donnerait gratuitement, tant je serais un client fidèle. Je me serais mis à la marge de tout et tout le monde, j’aurais commencé à parler à ces petits oiseaux (que j’électrocutais jadis) en me prenant pour Blanche-Neige et en cherchant mes 7 nains. Et puis, un jour, inconscient, j’aurais cueilli une pomme de mon vergé et, après y avoir mordu de toutes les forces qui me seraient restées, je me serais effondré d’une insupportable nostalgie devant ce symbole de ma grandeur et de ma décadence : une pomme croquée !
Je me suis mis une grande claque dans la figure avant de perdre la boule et de devenir Amish et j’ai entamé ma journée. Lors d’une réunion, j’ai machinalement saisi le couvercle d’une boite de Ferrero Rochers sans pouvoir retenir le mouvement compulsif de mon index qui cherchait désespérément une application à lancer, un écran à scroller, une photo à resizer. Manifestement, je n’étais pas prêt à me défaire de mon précieux. L’après-midi a été atroce : les mélodies des iPhones de mes collègues se mélangeaient pour scander toutes la puissance de mes lamentations. A chaque « ding ! ding ! » qui retentit, chacun vérifie son écran afin de s’assurer que ce n’est pas de son « ding ! ding ! » qu’il s’agit, certains arguant même qu’ils sont capables de reconnaître le leur (ce que je les laisse croire, rien n’est plus fort que l’idée).
Et pour oublier ma peine, quand j’entends le « ding ! ding ! », moi aussi je prends mon GSM et je vérifie que ce n’est pas le magasin Mobistar qui m’annonce que le temps de la disette est enfin révolu. Ce temps de doute…sans mon iPhone.
Je me suis alors mis à délirer. Mon cerveau ramolli par une si longue déconnexion a produit des idées farfelues. J’ai donc imaginé que, peut-être, ce besoin ancré si profondément n’était que le résultat d’une énorme machinerie capitaliste. Et si tout ceci n’était qu’un coup monté ? Et si ce besoin avait été créé de toutes pièces par des magnas de l’industrie, agissant en toute impunité ? Et si, finalement, il y avait moyen de vivre sans cette technologie ? Continuant dans mon délire, je me suis mis à imaginer des petits bonshommes véreux en cravate Tiny Toons qui se rassemblent autour d’un feu lors des solstices et font sonner en cœur leurs Nokia 3310 en se moquant des pauvres gens qui sont tombés dans leur panneau. Je les vois rire à pleines dents en comptant leurs dollars et en dénigrant ces pauvres acharnés qui s’usent les doigts sur les écrans d’un objet dont personne n’aurait jamais eu besoin si eux n’avaient pas eu la bonne idée de l’inventer.
L’idée m’est donc venue de peut-être pouvoir éventuellement, qui sait ?, dans un contexte probablement envisageable…vivre sans iPhone. Quel choc pour l’esprit ! Etouffé de ce doute existentiel, je me suis alors entendu dénigrer la machine. Vivre sans iPhone, c’est peut-être éviter de se choper une tumeur au cerveau (même si on a téléchargé l’application « Wave Breaker » qui vous promet de capturer les mauvaises ondes pour les envoyer dans univers parallèle par génération d’un portail interstellaire). C’est aussi échapper à une crise de spasmophilie au rayon fromages du supermarché parce que la batterie est à 4% et que ces maudits magasins ne proposent pas de bornes électriques pour les situations d’urgence. Ne pas avoir d’iPhone, c’est encore économiser de précieux euros qu’on ne dépensera pas dans les applications « Prouts du monde » ou « Prends toi en photos et transforme-toi en Hobbit ». C’est aussi préserver ses empreintes digitales qui auront probablement disparu après 7 ou 8 ans d’utilisation intensive.
Plus d’iPhone. Il fallait donc se représenter avec, dans la poche, un de ces appareils qu’on appelle fréquemment « téléphone portable » et dont la fonction de base et essentielle serait de…téléphoner ! C’est là que je suis définitivement parti en vrille ! J’explosais littéralement contre ces technologies barbares qui me bouffaient mon temps, mon énergie, mon argent. Je me suis mis à chercher un Nokia 3310 sur eBay et une cravate Tiny Toons. Je me préparais psychologiquement à utiliser un agenda papier ainsi qu’un crayon avec une petite gomme au bout (une rose, toute sale, que j’aurais bouffée après à peine deux jours), de gros bottins jaunes, des cartes géographiques à l’échelle 1 :10.000, des petits livrets avec les horaires des séances de cinéma et de grands appareils bancaires pour faire des virements et payer mon abonnement GSM à 15 euros qui ne comprendra plus que 100Mo de trafic web que je n’utiliserai jamais.
Dans la foulée, j’aurais, pourquoi pas, ressorti ma machine à pain et été quérir mon levain au moulin du village ; moulin que j’aurais racheté pour y installer une petite demeure pleine de charme, loin des réseaux de la ville. Je me serais remis à écrire des lettres sur du papier avec de l’encre et à acheter des timbres à la poste en m’inquiétant de l’heure de la levée du courrier. Je me serais mis à acheter « Bio » et « équitable », j’aurais promulgué des slogans provocateurs lors de l’installation d’antennes GSM, j’aurais récupéré l’eau de pluie pour pouvoir laver mon linge dans une grande bassine en cuivre avec du savon de Marseille. J’aurais cultivé mes choux-fleurs, mes tomates, mes radis. J’aurais fait de la soupe que j’aurais distribuée aux pauvres durant l’hiver. J’aurais nourri les oiseaux avec du saindoux (qui eut cru que je parviendrais à placer le mot « saindoux » ?) que mon boucher me donnerait gratuitement, tant je serais un client fidèle. Je me serais mis à la marge de tout et tout le monde, j’aurais commencé à parler à ces petits oiseaux (que j’électrocutais jadis) en me prenant pour Blanche-Neige et en cherchant mes 7 nains. Et puis, un jour, inconscient, j’aurais cueilli une pomme de mon vergé et, après y avoir mordu de toutes les forces qui me seraient restées, je me serais effondré d’une insupportable nostalgie devant ce symbole de ma grandeur et de ma décadence : une pomme croquée !
Je me suis mis une grande claque dans la figure avant de perdre la boule et de devenir Amish et j’ai entamé ma journée. Lors d’une réunion, j’ai machinalement saisi le couvercle d’une boite de Ferrero Rochers sans pouvoir retenir le mouvement compulsif de mon index qui cherchait désespérément une application à lancer, un écran à scroller, une photo à resizer. Manifestement, je n’étais pas prêt à me défaire de mon précieux. L’après-midi a été atroce : les mélodies des iPhones de mes collègues se mélangeaient pour scander toutes la puissance de mes lamentations. A chaque « ding ! ding ! » qui retentit, chacun vérifie son écran afin de s’assurer que ce n’est pas de son « ding ! ding ! » qu’il s’agit, certains arguant même qu’ils sont capables de reconnaître le leur (ce que je les laisse croire, rien n’est plus fort que l’idée).
Et pour oublier ma peine, quand j’entends le « ding ! ding ! », moi aussi je prends mon GSM et je vérifie que ce n’est pas le magasin Mobistar qui m’annonce que le temps de la disette est enfin révolu. Ce temps de doute…sans mon iPhone.
mardi 23 octobre 2012
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 12 : L'iPad
Quand on est privé de son iPhone, il est indispensable de se munir d'un succédané. Histoire de vivre le sevrage à fond, j'ai cherché de douces et délicates alternatives.
J'avais retrouvé un vieux Tetris électronique avec un magnifique écran monochrome, version de luxe puisque l'appareil est en forme de vaisseau spatial! Un must qui m'a suivi dans tous mes déménagements depuis 15 ans et qui me fait frémir de sa musique polyphonique à 8 notes. Après avoir abattu l'équivalent d'une centaine de murs (ce qui n'est pas du tout évident quand on s'est chopé 3 ampoules au pouce pour cause de textage intensif sur Ancêtre), la lassitude s'est rapidement installée. Il me fallait autre chose.
J'ai alors retrouvé un vieil agenda électronique (qui faisait aussi GPS, répertoire, carnet de note et calculatrice). Le genre d'appareil qui fonctionne avec un stylet, qui est capable d'afficher 256 couleurs (quand tout va bien) et qui vous demande de confirmer la moindre action que vous tentez d'effectuer.
"Etes-vous sur de vouloir allumer l'appareil?". OK! "Oui mais sûr, sûr?". OK! "Vous savez que ça va décharger la batterie, n'est-ce pas?". CANCEL.
C'est alors que je me suis lancé dans la lecture d'un bouquin. Quand j'ai posé mon doigt sur un mot que je ne connaissais pas, il ne s'est rien passé! J'attendais qu'un menu contextuel s'ouvre, que je puisse copier le mot pour ensuite le coller dans l'application "Dictionnaire" et en trouver facilement la définition. Mais non. Rien. Un silence. Au vu de ma dernière exploration d'un dictionnaire et des conséquences infructueuses qui s'en sont suivies (cf. chronique du jour 11), j'ai abandonné la lecture. Et j'ai craqué. J'ai été chercher mon iPad.
L'iPad est une machine extraordinaire mais moins que l'iPhone. Il a un grand écran tactile et de belles icônes d'applications mais il est amputé de toute une série de caractéristiques qui font de l'iPhone un objet d'addiction. L'iPad ne téléphone pas, il n'envoie pas de sms, il ne peut pas prendre de belles photos (il prend uniquement des photos moches, hé oui, c'est comme ça) mais surtout il ne tient pas dans la poche! Car à moins d'adopter le style salopette-bobo-chicos dans un genre complètement écolo-classe, agrémenté de bottes en caoutchouc avec des coccinelles et d'un couvre-chef de type "Bob", il vous sera impossible de profiter d'une spacieuse poche kangourou pour y placer l'objet. Ceci dit, certains adeptes fanatiques n'hésitent pas à l'emporter partout, parfois porté en bandoulière, et à l'utiliser sans vergogne comme un appareil photo. Moi, ce que j'aime, c'est de voir un tout petit japonais prendre une photo avec son grand iPad. Savoureux.
Ceci dit, je retrouvais avec un certain plaisir les sensations précieuses du glissé de doigts sur la surface en verre! Sauf que... mon iPad à moi, il est cassé. Une histoire malheureuse qui, en plus de fendre une bonne partie de la vitre de l'objet, m'a également fendu le coeur. J'étais en colloque à Los Angeles (ça, c'est le passage où je crâne un peu) et je sortais de ma chambre du Hilton (je continue de crâner ouvertement, oui!) pour me diriger vers le lieu d'une conférence. A mon épaule, un splendide sac en tissu recyclé mal teinté, offert comme cadeau d'accueil à la conférence, contenant diverses choses sans importance et mon iPad. Alors que j'allais entrer dans l'ascenseur, me voilà sauvagement bousculé par une sorte de petit américain obèse, vêtu d'un t-shirt exhibant les fesses de Bart Simpson. L'individu (1m12 environs, 9 ans, rasé de près, la mine patibulaire, le regard assassin) a initié ce qui a semblé être un pas de course, juste le temps de me démonter la hanche et de faire tomber mon sac. Et c'est là que l'on se mange la loi de Murphy pile dans les dents de devant: Le sac aurait pu tomber dans le couloir et s'écraser sur la tapis duveteux; il aurait pu s'effondrer dans l'ascenseur et se déposer délicatement sur le vinyle un peu mou; mais non, il aura fallu que ce mini Oncle Sam boursouflé provoque la chute juste à l'endroit de l'arrête métallique qui forme la jonction entre le couloir et l'ascenseur. Le bruit qui s'en suivi ma remué les trips. J'ai à peine eu le temps de voir le bonhomme ralentir dans sa course et disparaître à l'angle d'un couloir. A l'heure où j'écris ces lignes, il court toujours, impuni. Et mon iPad, il est toujours cassé.
Dans l'attente insoutenable, mon ami l'iPad m'a néanmoins permis de branler quelques pigeons (cf. chronique du jour 10), de retrouver quelques données relatives à mon agenda (dont une réunion d'il y a 4 jours à laquelle je n'ai pas assisté. Ca, c'est fait.), de voir que mon compte en banque ne me permettait pas d'envisager l'achat d'un iPhone 5 (idée saugrenue qui, en ces temps de disette, m'avait vaguement traversé l'esprit) et de regarder sur Youtube les vidéos de pauvres bougres qui partagent leur détresse car, eux aussi, ils souffrent de la perte d'un iPhone.
L'iPad me rappelant trop le douloureux souvenir de l'absence, je l'ai abandonné à son triste sort. Je me suis planté devant la télé et me suis mis à avoir envie de retrouver un Nokia 3310 rien que pour pouvoir jouer au serpent et oublier la misère qui s'abat sur moi.
Il me manque.
Mon iPhone.
J'avais retrouvé un vieux Tetris électronique avec un magnifique écran monochrome, version de luxe puisque l'appareil est en forme de vaisseau spatial! Un must qui m'a suivi dans tous mes déménagements depuis 15 ans et qui me fait frémir de sa musique polyphonique à 8 notes. Après avoir abattu l'équivalent d'une centaine de murs (ce qui n'est pas du tout évident quand on s'est chopé 3 ampoules au pouce pour cause de textage intensif sur Ancêtre), la lassitude s'est rapidement installée. Il me fallait autre chose.
J'ai alors retrouvé un vieil agenda électronique (qui faisait aussi GPS, répertoire, carnet de note et calculatrice). Le genre d'appareil qui fonctionne avec un stylet, qui est capable d'afficher 256 couleurs (quand tout va bien) et qui vous demande de confirmer la moindre action que vous tentez d'effectuer.
"Etes-vous sur de vouloir allumer l'appareil?". OK! "Oui mais sûr, sûr?". OK! "Vous savez que ça va décharger la batterie, n'est-ce pas?". CANCEL.
C'est alors que je me suis lancé dans la lecture d'un bouquin. Quand j'ai posé mon doigt sur un mot que je ne connaissais pas, il ne s'est rien passé! J'attendais qu'un menu contextuel s'ouvre, que je puisse copier le mot pour ensuite le coller dans l'application "Dictionnaire" et en trouver facilement la définition. Mais non. Rien. Un silence. Au vu de ma dernière exploration d'un dictionnaire et des conséquences infructueuses qui s'en sont suivies (cf. chronique du jour 11), j'ai abandonné la lecture. Et j'ai craqué. J'ai été chercher mon iPad.
L'iPad est une machine extraordinaire mais moins que l'iPhone. Il a un grand écran tactile et de belles icônes d'applications mais il est amputé de toute une série de caractéristiques qui font de l'iPhone un objet d'addiction. L'iPad ne téléphone pas, il n'envoie pas de sms, il ne peut pas prendre de belles photos (il prend uniquement des photos moches, hé oui, c'est comme ça) mais surtout il ne tient pas dans la poche! Car à moins d'adopter le style salopette-bobo-chicos dans un genre complètement écolo-classe, agrémenté de bottes en caoutchouc avec des coccinelles et d'un couvre-chef de type "Bob", il vous sera impossible de profiter d'une spacieuse poche kangourou pour y placer l'objet. Ceci dit, certains adeptes fanatiques n'hésitent pas à l'emporter partout, parfois porté en bandoulière, et à l'utiliser sans vergogne comme un appareil photo. Moi, ce que j'aime, c'est de voir un tout petit japonais prendre une photo avec son grand iPad. Savoureux.
Ceci dit, je retrouvais avec un certain plaisir les sensations précieuses du glissé de doigts sur la surface en verre! Sauf que... mon iPad à moi, il est cassé. Une histoire malheureuse qui, en plus de fendre une bonne partie de la vitre de l'objet, m'a également fendu le coeur. J'étais en colloque à Los Angeles (ça, c'est le passage où je crâne un peu) et je sortais de ma chambre du Hilton (je continue de crâner ouvertement, oui!) pour me diriger vers le lieu d'une conférence. A mon épaule, un splendide sac en tissu recyclé mal teinté, offert comme cadeau d'accueil à la conférence, contenant diverses choses sans importance et mon iPad. Alors que j'allais entrer dans l'ascenseur, me voilà sauvagement bousculé par une sorte de petit américain obèse, vêtu d'un t-shirt exhibant les fesses de Bart Simpson. L'individu (1m12 environs, 9 ans, rasé de près, la mine patibulaire, le regard assassin) a initié ce qui a semblé être un pas de course, juste le temps de me démonter la hanche et de faire tomber mon sac. Et c'est là que l'on se mange la loi de Murphy pile dans les dents de devant: Le sac aurait pu tomber dans le couloir et s'écraser sur la tapis duveteux; il aurait pu s'effondrer dans l'ascenseur et se déposer délicatement sur le vinyle un peu mou; mais non, il aura fallu que ce mini Oncle Sam boursouflé provoque la chute juste à l'endroit de l'arrête métallique qui forme la jonction entre le couloir et l'ascenseur. Le bruit qui s'en suivi ma remué les trips. J'ai à peine eu le temps de voir le bonhomme ralentir dans sa course et disparaître à l'angle d'un couloir. A l'heure où j'écris ces lignes, il court toujours, impuni. Et mon iPad, il est toujours cassé.
Dans l'attente insoutenable, mon ami l'iPad m'a néanmoins permis de branler quelques pigeons (cf. chronique du jour 10), de retrouver quelques données relatives à mon agenda (dont une réunion d'il y a 4 jours à laquelle je n'ai pas assisté. Ca, c'est fait.), de voir que mon compte en banque ne me permettait pas d'envisager l'achat d'un iPhone 5 (idée saugrenue qui, en ces temps de disette, m'avait vaguement traversé l'esprit) et de regarder sur Youtube les vidéos de pauvres bougres qui partagent leur détresse car, eux aussi, ils souffrent de la perte d'un iPhone.
L'iPad me rappelant trop le douloureux souvenir de l'absence, je l'ai abandonné à son triste sort. Je me suis planté devant la télé et me suis mis à avoir envie de retrouver un Nokia 3310 rien que pour pouvoir jouer au serpent et oublier la misère qui s'abat sur moi.
Il me manque.
Mon iPhone.
lundi 22 octobre 2012
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 11 : La résignation
Et samedi, il se résigna.
J'avais décidé que ce jour, j'ôterais ma grande coquille de Caliméro et je regarderais loin vers l'horizon, tel un chef viking... heu non... tel un centurion... heu non plus... tel un technophile en puissance (c'est tout de suite plus réaliste) privé de ses armes essentielles mais néanmoins décidé à conquérir le monde. Et si j'en fais un peu trop, c'est bien pour récupérer un peu de cette belle assurance que mon iPhone a manifestement emporté avec lui.
C'est ainsi que je réapprends les choses simples de la vie. Chercher l'adresse d'un magasin en utilisant www.pagesdor.be et Mappy, directement sur un vrai écran d'ordinateur et obtenir ses heures d'ouverture en utilisant un navigateur web. Appeler le 1307 (et claquer 1 euro) pour avoir le numéro de téléphone d'un restaurant et y réserver une table (sans connaître l'avis des utilisateurs et la note sur resto.be). Avoir envie de faire un check Foursquare quand on arrive au Carrefour et se rendre compte que c'est quand même franchement inutile (et se dire ensuite que, de toute façon, on pourra encore le faire plus tard).
Autre expérience intéressante: cuisiner en utilisant un livre de cuisine. Une sensation extraordinaire! Le chercher dans la bibliothèque, feuilleter les pages et y retrouver de vieilles traces de sauce soja séchée, se perdre dans l'index pour trouver sa recette, adapter les quantités avec une calculatrice que l'on n'avait plus sortie du tiroir depuis des lustres (en se félicitant d'avoir choisi un modèle "solaire").
Ensuite, on y trouve un mot qu'on ne comprend pas, alors on va dans sa grande bibliothèque chercher un bon gros Robert (n'y voyez aucune allusion graveleuse) et on commence à tourner fébrilement les pages en appliquant, sans même s'en rendre compte, la technique de la dichotomie. Du coup, on tombe sur d'autres mots que l'on a envie de découvrir. Par exemple "pochon" qui est une grande louche, "poïkilotherme" qui désigne des animaux dont le sang a une température variable, ou encore "posthite" qui n'est pas du tout un carré de papier jaune à coller sur les réfrigérateurs mais une inflammation du prépuce (Outch! Ca fait mal! Celui-là, je ne suis pas très sûr que j'avais envie de le connaître).
C'est alors que l'on se rend compte que la bibliothèque est vraiment mal rangée. On commence donc à enlever les livres et à les trier par auteurs, par genres, par ordre alphabétique. Dans un moment de faiblesse, je me dis que cette application qui scanne les codes barres des livres et les répertorie automatiquement dans une base de données pourrait s'avérer très utile. Je me reprends en quelques secondes et continue mon tri pour tomber sur un ancien livre de mots fléchés. La moitié des bouquins sur le sol, je me dis que je pourrais peut-être faire une pause cérébrale en remplissant quelques cases. C'est alors que je me rends compte que les mots fléchés sans l'application "Mots Fléchés" (tous les développeurs n'ont pas un sens de la créativité ultra développé en ce qui concerne le choix des noms de leurs applications), c'est beaucoup moins drôle. C'est alors que je réalise que cela fait longtemps que je n'ai plus fait de Sudoku...
Je pars donc à la recherche d'un livre de Soduku, une probable relique qui aurait pu survivre à mes nombreux rangements par le vide (une sorte d'exutoire existentiel qui date de l'époque préhistorique où je n'étais pas équipé d'un iPhone). J'en viens à ouvrir mes boites à souvenirs, juste au cas où, et à détailler plusieurs objets porteurs de souvenirs divers, parfois plus légers, parfois très intenses. M'arrive notamment entre les mains, une page de partition musicale dont il me prend l'envie de retrouver les tonalités. Je laisse mes boites en plan et repars vers ma bibliothèque pour m'asseoir au piano et me délier les doigts. Au fil des minutes (alors que je vois les piles de livres s'effondrer à côté de moi), il me prend l'envie de jouer "True Colors" (je sais, ça n'a pas vraiment d'importance mais j'accorde une attention particulière à relater les faits avec une certaine justesse. Ou pas.) dont je n'ai pas la partition.
Je me dirige alors vers mon ordinateur pour trouver sur la toile une tablature. En vérifiant l'imprimante, je me rends compte qu'il faut changer la cartouche cyan. Ce qui est incroyable avec les imprimantes, c'est qu'on ne les utilise presque jamais et c'est toujours au moment où l'on en a besoin qu'une cartouche est vide (je vous vois sourire!). Je me lance donc dans le remplacement de la cartouche lorsque mon Ancêtre toussote quelques vibrations qui m'annoncent un appel. Le numéro qui s'affiche m'est inconnu et donc, je ne décroche pas. En fait, ce numéro ne m'est pas du tout inconnu: il est juste enregistré dans le répertoire de mon iPhone mais pas dans celui de l'Ancêtre. Je ne suis donc pas conscient qu'il s'agit d'un client qui souhaite me rappeler l'échéance d'un projet, elle aussi encodée de le calendrier de celui qu'on ne nomme plus.
2h15 se sont écoulées depuis que j'ai voulu commencer à cuisiner. Il n'y a pas le moindre ingrédient de prêt, ma bibliothèque est sans dessus ni dessous, mes souvenirs jonchent le sol du bureau, mon imprimante est éventrée, en attente d'une transplantation de cartouche et mon Ancêtre expire sa dernière barre de batterie.
Et là, quand même, je me dis que si j'avais eu un iPhone, j'aurais tapé sur Youtube "Recette sushis", j'aurais regardé une vidéo de 7 minutes et plus que probablement terminé de trancher mon poisson cru. Un rappel m'aurait signifié mon échéance et j'aurais pu me mettre au boulot sans attendre et peut-être même, ensuite, exploser mon score à "Mots Fléchés" (et ceci, même sans pouvoir remplir les cases correspondant à la définition "inflammation du prépuce"). Du coup, j'ai nourri mon imprimante en une fraction de seconde, refermé mes boites à souvenirs, jetés mes bouquins de manière désordonnée dans la bibliothèque et branché l'Ancêtre sur le secteur.
Résigné, j'ai rangé le livre de cuisine et j'ai saisi mon iPad.
Parce que, après tout, j'ai peut-être pas d'iPhone... mais moi, j'ai un iPad.
Et toc!
J'avais décidé que ce jour, j'ôterais ma grande coquille de Caliméro et je regarderais loin vers l'horizon, tel un chef viking... heu non... tel un centurion... heu non plus... tel un technophile en puissance (c'est tout de suite plus réaliste) privé de ses armes essentielles mais néanmoins décidé à conquérir le monde. Et si j'en fais un peu trop, c'est bien pour récupérer un peu de cette belle assurance que mon iPhone a manifestement emporté avec lui.
C'est ainsi que je réapprends les choses simples de la vie. Chercher l'adresse d'un magasin en utilisant www.pagesdor.be et Mappy, directement sur un vrai écran d'ordinateur et obtenir ses heures d'ouverture en utilisant un navigateur web. Appeler le 1307 (et claquer 1 euro) pour avoir le numéro de téléphone d'un restaurant et y réserver une table (sans connaître l'avis des utilisateurs et la note sur resto.be). Avoir envie de faire un check Foursquare quand on arrive au Carrefour et se rendre compte que c'est quand même franchement inutile (et se dire ensuite que, de toute façon, on pourra encore le faire plus tard).
Autre expérience intéressante: cuisiner en utilisant un livre de cuisine. Une sensation extraordinaire! Le chercher dans la bibliothèque, feuilleter les pages et y retrouver de vieilles traces de sauce soja séchée, se perdre dans l'index pour trouver sa recette, adapter les quantités avec une calculatrice que l'on n'avait plus sortie du tiroir depuis des lustres (en se félicitant d'avoir choisi un modèle "solaire").
Ensuite, on y trouve un mot qu'on ne comprend pas, alors on va dans sa grande bibliothèque chercher un bon gros Robert (n'y voyez aucune allusion graveleuse) et on commence à tourner fébrilement les pages en appliquant, sans même s'en rendre compte, la technique de la dichotomie. Du coup, on tombe sur d'autres mots que l'on a envie de découvrir. Par exemple "pochon" qui est une grande louche, "poïkilotherme" qui désigne des animaux dont le sang a une température variable, ou encore "posthite" qui n'est pas du tout un carré de papier jaune à coller sur les réfrigérateurs mais une inflammation du prépuce (Outch! Ca fait mal! Celui-là, je ne suis pas très sûr que j'avais envie de le connaître).
C'est alors que l'on se rend compte que la bibliothèque est vraiment mal rangée. On commence donc à enlever les livres et à les trier par auteurs, par genres, par ordre alphabétique. Dans un moment de faiblesse, je me dis que cette application qui scanne les codes barres des livres et les répertorie automatiquement dans une base de données pourrait s'avérer très utile. Je me reprends en quelques secondes et continue mon tri pour tomber sur un ancien livre de mots fléchés. La moitié des bouquins sur le sol, je me dis que je pourrais peut-être faire une pause cérébrale en remplissant quelques cases. C'est alors que je me rends compte que les mots fléchés sans l'application "Mots Fléchés" (tous les développeurs n'ont pas un sens de la créativité ultra développé en ce qui concerne le choix des noms de leurs applications), c'est beaucoup moins drôle. C'est alors que je réalise que cela fait longtemps que je n'ai plus fait de Sudoku...
Je pars donc à la recherche d'un livre de Soduku, une probable relique qui aurait pu survivre à mes nombreux rangements par le vide (une sorte d'exutoire existentiel qui date de l'époque préhistorique où je n'étais pas équipé d'un iPhone). J'en viens à ouvrir mes boites à souvenirs, juste au cas où, et à détailler plusieurs objets porteurs de souvenirs divers, parfois plus légers, parfois très intenses. M'arrive notamment entre les mains, une page de partition musicale dont il me prend l'envie de retrouver les tonalités. Je laisse mes boites en plan et repars vers ma bibliothèque pour m'asseoir au piano et me délier les doigts. Au fil des minutes (alors que je vois les piles de livres s'effondrer à côté de moi), il me prend l'envie de jouer "True Colors" (je sais, ça n'a pas vraiment d'importance mais j'accorde une attention particulière à relater les faits avec une certaine justesse. Ou pas.) dont je n'ai pas la partition.
Je me dirige alors vers mon ordinateur pour trouver sur la toile une tablature. En vérifiant l'imprimante, je me rends compte qu'il faut changer la cartouche cyan. Ce qui est incroyable avec les imprimantes, c'est qu'on ne les utilise presque jamais et c'est toujours au moment où l'on en a besoin qu'une cartouche est vide (je vous vois sourire!). Je me lance donc dans le remplacement de la cartouche lorsque mon Ancêtre toussote quelques vibrations qui m'annoncent un appel. Le numéro qui s'affiche m'est inconnu et donc, je ne décroche pas. En fait, ce numéro ne m'est pas du tout inconnu: il est juste enregistré dans le répertoire de mon iPhone mais pas dans celui de l'Ancêtre. Je ne suis donc pas conscient qu'il s'agit d'un client qui souhaite me rappeler l'échéance d'un projet, elle aussi encodée de le calendrier de celui qu'on ne nomme plus.
2h15 se sont écoulées depuis que j'ai voulu commencer à cuisiner. Il n'y a pas le moindre ingrédient de prêt, ma bibliothèque est sans dessus ni dessous, mes souvenirs jonchent le sol du bureau, mon imprimante est éventrée, en attente d'une transplantation de cartouche et mon Ancêtre expire sa dernière barre de batterie.
Et là, quand même, je me dis que si j'avais eu un iPhone, j'aurais tapé sur Youtube "Recette sushis", j'aurais regardé une vidéo de 7 minutes et plus que probablement terminé de trancher mon poisson cru. Un rappel m'aurait signifié mon échéance et j'aurais pu me mettre au boulot sans attendre et peut-être même, ensuite, exploser mon score à "Mots Fléchés" (et ceci, même sans pouvoir remplir les cases correspondant à la définition "inflammation du prépuce"). Du coup, j'ai nourri mon imprimante en une fraction de seconde, refermé mes boites à souvenirs, jetés mes bouquins de manière désordonnée dans la bibliothèque et branché l'Ancêtre sur le secteur.
Résigné, j'ai rangé le livre de cuisine et j'ai saisi mon iPad.
Parce que, après tout, j'ai peut-être pas d'iPhone... mais moi, j'ai un iPad.
Et toc!
samedi 20 octobre 2012
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 10 : Le jeu
Ce matin, sur Facebook, j'ai croisé une image qui m'a rendu très nostalgique: un gâteau d'anniversaire pour Jason (qui fête ses 13 ans et va être super content) en forme de Angry Birds. Je me suis alors souvenu que j'étais bloqué au 23ème stage du niveau 2, sans pouvoir envisager la moindre tentative de me refaire une fierté...
Angry Birds, c'est probablement le plus célèbre des jeux sur iPhone. En fait, à la base, ce n'est pas très compliqué: il s'agit de balancer des oiseaux qui ne ressemblent à des volatiles que de très loin (et avec un shot de vodka et des doubles foyers fissurés) sur ce que l'on identifiera comme étant des cochons verts, une race tchernobylienne très peu connue et extrêmement douée pour se tenir en équilibre sur des constructions bancales. Et vas-y qu'on balance les piafs sur la charcuterie sans se poser la moindre question. Observation étrange: je me souviens que lorsque j'ai expliqué l'objectif du jeu à ma mamie (Andrée, 69 ans, en pleine force de l'âge), elle est restée circonspecte, un peu inquiète même, de voir que je prenais un plaisir certain à exploser des porcs avec des perruches. Par contre, Stijn (7 ans, également en pleine force de l'âge), n'a pas eu la moindre hésitation et sans poser de question, il a immédiatement explosé les scores. Pour laquelle des deux générations doit-on s'inquiéter?
Angry Birds, c'est probablement le plus célèbre des jeux sur iPhone. En fait, à la base, ce n'est pas très compliqué: il s'agit de balancer des oiseaux qui ne ressemblent à des volatiles que de très loin (et avec un shot de vodka et des doubles foyers fissurés) sur ce que l'on identifiera comme étant des cochons verts, une race tchernobylienne très peu connue et extrêmement douée pour se tenir en équilibre sur des constructions bancales. Et vas-y qu'on balance les piafs sur la charcuterie sans se poser la moindre question. Observation étrange: je me souviens que lorsque j'ai expliqué l'objectif du jeu à ma mamie (Andrée, 69 ans, en pleine force de l'âge), elle est restée circonspecte, un peu inquiète même, de voir que je prenais un plaisir certain à exploser des porcs avec des perruches. Par contre, Stijn (7 ans, également en pleine force de l'âge), n'a pas eu la moindre hésitation et sans poser de question, il a immédiatement explosé les scores. Pour laquelle des deux générations doit-on s'inquiéter?
Mais Angry Birds n'est qu'un exemple de la kyrielle de jeux plus ou moins aboutis (parfois pas aboutis du tout) que peut offrir l'iPhone. Et la formule gagnante, c'est de prendre des animaux, de préférence un peu ridicules, et de les rendre encore plus ridicules dans des situations complètement délirantes. J'ai donc jeté mon dévolu sur une application qui demande, en plus de l'agilité des doigts et d'une concentration extrême, une vision stratégique exemplaire. Il s'agit de "Bird Zapper". A croire que j'ai une revanche à prendre avec les oiseaux...
Dans Bird Zapper, vous êtes un écureuil exaspéré par une foule d'oiseaux, perchés sur des fils électriques, qui semblent avoir décidé de ne rien faire sinon d’épancher leur guano sur votre beau pelage. Du coup, pour éviter de sombrer dans la névrose et pouvoir à nouveau gambader librement à la recherche de vos noisettes, vous décidez que ces oiseaux, vous allez carrément les électrocuter et ceci, sans le moindre état d'âme. Par groupe de 4, parfois par paquet de 12, vous explosez littéralement les boules de plumes en les regardant s'agiter un court instant avant de les voir réduites en cendres. Je vous passe la foule de petits bonus qui agrémentent la torture comme les explosifs ou la kalachnikov. Oui, ça m'éclate. Et alors? On canalise son agressivité comme on peut: pendant que j’électrocute des perroquets, je ne me fais pas d'ulcère à l'estomac. D'ailleurs, il temps que mon iPhone revienne sinon, je sens que je vais choper des pigeons dans la rue et les brancher sur du 220 volts! Et en parlant de pigeons...
Une expression (dont la provenance est incertaine mais pourrait dater de la chute du mur de Berlin) a commencé à prendre de l'ampleur dans mon petit groupe d'amis. Cette expression, elle désigne l'iPhone comme "un appareil à branler les pigeons", à savoir, une chose qui ne sert strictement à rien (sauf peut-être si l'on aime vraiment, mais vraiment beaucoup les pigeons...). Si mon intense patriotisme pour la marque à la pomme pourrait se contrarier du blasphème, l'image m'a cependant beaucoup plu. L'association a été directe: dès que je me lance dans ma destruction massive par électrocution, j'entends régulièrement mes amis me demander: "Alors? Tu branles encore des pigeons?" parfois écourté en "Alors? Ca branle?". La formule fait toujours son petit effet auprès des non initiés qui s'imaginent rapidement qu'on trouve vraiment de tout sur ces iPhones de malheur...
Si mon iPhone ne m'avait pas été sauvagement enlevé, j'ai conclu que:
Si mon iPhone ne m'avait pas été sauvagement enlevé, j'ai conclu que:
- j'aurais obtenu plus de 350 pièces au jeu de la machine à sous et probablement gagné le canard bonus qui fait de la lumière arc-en-ciel;
- j'aurais décapité ma 1000ème pastèque à Ninja Fruit;
- j'aurais peut-être (enfin!) atteint le niveau 28 de "Imbecile Test";
- j'aurais fait ma 5000ème partie de solitaire (rien de tel que les grands classiques).
Et n'oublions pas le génocide! Car au retour de mon appareil, les 34 vaches de ma ferme virtuelle ainsi que mes 17 poissons seront tous décédés! Mon maïs ainsi que mes pommes de terre seront foutus et mes tigres d'appartement se seront plus que probablement bouffés entre eux. Ce sera un bien triste Noël dans le monde virtuel de mes applications iPhone... triste, triste Noël...
J'ai failli m'effondrer lorsque, la journée touchant à sa fin, le petit Stijn (toujours 7 ans et toujours dans la force de l'âge) s'est approché de moi alors que je tapais péniblement un sms (avec mes 3 ampoules au pouce) en me disant: "T'as pas un jeu là-dessus?". Quand je lui ai dit: "Mais non, c'est pas un iPhone", il m'a regardé les yeux grand ouverts, béat d'étonnement. Il a lâché un "Han!", franc et désabusé, avant de me tourner le dos pour aller jouer avec une balle de tennis. J'avais perdu tout intérêt pour lui. J'ai voulu sauver mon honneur et j'ai donc joué avec lui à "je cache la balle de tennis, tu la cherches et moi je dis froid ou chaud". Et dans ma mélancolie toujours ambiante, j'ai pensé qu'un jour, quand il serait grand, il aurait un iPhone avec l'application "Géocaching", qu'il parcourrait le monde pour trouver des boites planquées dans des recoins insoupçonnés de la planète en pensant à ce temps révolu où son tonton John jouait au même jeu avec lui, dans son salon et avec une balle de tennis...
J'ai failli m'effondrer lorsque, la journée touchant à sa fin, le petit Stijn (toujours 7 ans et toujours dans la force de l'âge) s'est approché de moi alors que je tapais péniblement un sms (avec mes 3 ampoules au pouce) en me disant: "T'as pas un jeu là-dessus?". Quand je lui ai dit: "Mais non, c'est pas un iPhone", il m'a regardé les yeux grand ouverts, béat d'étonnement. Il a lâché un "Han!", franc et désabusé, avant de me tourner le dos pour aller jouer avec une balle de tennis. J'avais perdu tout intérêt pour lui. J'ai voulu sauver mon honneur et j'ai donc joué avec lui à "je cache la balle de tennis, tu la cherches et moi je dis froid ou chaud". Et dans ma mélancolie toujours ambiante, j'ai pensé qu'un jour, quand il serait grand, il aurait un iPhone avec l'application "Géocaching", qu'il parcourrait le monde pour trouver des boites planquées dans des recoins insoupçonnés de la planète en pensant à ce temps révolu où son tonton John jouait au même jeu avec lui, dans son salon et avec une balle de tennis...
Son tonton John...
...qui n'avait pas d'iPhone.
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 9 : L'orientation
Me priver de mon iPhone, c'est un peu comme me réveiller d'un long coma provoqué par une ingestion massive des chansons d'Orelsan: c'est un choc émotionnel intense qui laisse inévitablement des séquelles dans les zones cérébrales les plus fragiles. Mon iPhone me sert de boussole. Il retient les adresses de la plupart des lieux où je dois me rendre afin que mon cerveau puisse se libérer de la douloureuse tâche de mémorisation et garder ses forces pour, par exemple, retenir la plupart des dialogues de la série Friends ou les noms des 7 nains (sauf que l'on en retrouve jamais que 6. Essayez, vous verrez!). Bref, garder mes forces pour l'essentiel et utiliser la machine pour l'accessoire.
Le 9ème jour, ma journée a commencé par une réunion à Louvain-la-Neuve. J'ai dû démarrer de chez moi à l'aube (9h du matin, quoi...), ce qui me rendait déjà suffisamment irritable. Je pars donc, confiant et déterminé, vers ma destination. Sauf que voilà, je ne suis plus très sûr de me souvenir de la route qui me conduit vers "mon parking". Il faut savoir que j'associe Louvain-la-Neuve à une sorte de cité romaine qui aurait été revue et corrigée par Martin Scorsese afin d'y tourner un remake du mythe de Thésée mais sans Ariane et sa machine à coudre! Un abominable dédale. Histoire de ne pas devoir compter sur mon sens de l'orientation, comparable à celui d'un ornithorynque (ou d'une poule, parce que, elle non plus n'a pas vraiment le sens de l'orientation mais j'avais vraiment envie de placer le mot "ornithorynque"), je me suis confectionné un petit parcours qu'il est impératif de ne pas modifier. Sous aucun prétexte. Ce qui inclut le fait de ne pas changer de parking, "mon parking". Jamais...
Sans iPhone, je ne peux pas vérifier le nom du parking! Je me dirige donc dans une mauvaise direction, suivant un GPS dont la fiabilité est hautement critiquable et dont la voix ressemble à celle de Sophie Marceau (dont la fiabilité est également hautement critiquable). Comprenant qu'il s'agit là du début d'un mauvais cauchemar, je sors l'Ancêtre pour prévenir ma collègue que, perdu dans la ville, j'aurai probablement du retard. Je tape mon message SMS, circulant fébrilement dans les petites rues, en utilisant le T9 (voir Chronique du Jour 5) qui me propose "L'ausch to rdv ff revart smssy". Complètement dépité, j'envoie le message avec la profonde conviction que l'iPhone de ma collègue parviendra bien à comprendre mon désarroi et à en faire une fidèle traduction (ou pas...). Fatigué de passer pour la 3ème fois devant un étudiant calotté qui vomit (manifestement avec une impressionnante productivité), je m'installe dans le premier parking qui passe. A la grâce de Dieu!
Je m'engouffre alors dans la cité estudiantine, sans pouvoir lancer l'application "Plan" sur mon iPhone (puisque je n'ai pas d'iPhone... au cas où certains n'auraient pas encore tout à fait capté le concept). J'effectue alors quelques trajets erratiques dans l'une ou l'autre direction, essayant de garder ma contenance mais définitivement incapable de me repérer. J'augmente alors mon quota de moments de solitude en abordant une étudiante. Je lui indique que je dois me rendre dans le bâtiment principal de l'Université de Louvain mais que je ne me souviens plus du nom de la place (qui se trouve dans mon iPhone qui... mais j'évite ce passage malheureux de mon existence, la pauvre doit déjà me trouver suffisamment pathétique). Son grand sourire précède un signe de la main accompagné de la phrase: "Place de l'Université... C'est par là, monsieur". Je prends alors conscience de deux réalités stupéfiantes: d'abord, mon cerveau est incapable de cristalliser le lien entre "Université" et "Place de l'Université"; ensuite, les étudiants m'appellent désormais Monsieur. Je vis un véritable drame ontologique.
J'arrive enfin face au grand bâtiment... sans me souvenir du nom de la salle où a lieu la réunion! Mais quelle utilité de retenir ce genre de chose quand l'iPhone serait presque tenté de vous y téléporter? J'envoie donc un ultime message à ma collègue, creusant définitivement le fossé de ma honte, pour obtenir le nom de ma destination finale. Ne parvenant pas à régler le conflit existentiel qui semble persister entre le T9 et moi, j'opte pour une rédaction classique et me crée une 3ème ampoule au pouce. Enfin, j'entre dans la salle de réunion avec un retard considérable ce qui ne semble perturber personne et me rappelle que, avec ou sans iPhone, je suis quand même toujours en retard.
Le coup de grâce m'est porté par une adorable collègue au moment où je lui demande: "Tiens, pas de wifi ici?" et qu'elle me répond: "Non mais il y a la 3G donc avec l'iPhone ça va". Non mais qu'est-ce que c'est que ce sectarisme inadmissible! Et les gens qui n'en ont pas d'iPhone, hein? Ils font comment? Ils fabriquent une antenne wifi avec les petites cuillères en plastique et la branche directement sur leur walkman?
J'ai participé à la réunion comme j'ai pu, perdu dans quelques divagations mais sans penser à "l'après". Ce fameux "après" qui impliquait que je sorte sur la fabuleuse place de l'université en me rendant compte que j'allais devoir retrouver le chemin du parking où j'étais garé et que j'allais devoir le faire à l'ancienne, à la dure. Sans indice. Sans carte. Sans boussole.
Sans iPhone.
Le 9ème jour, ma journée a commencé par une réunion à Louvain-la-Neuve. J'ai dû démarrer de chez moi à l'aube (9h du matin, quoi...), ce qui me rendait déjà suffisamment irritable. Je pars donc, confiant et déterminé, vers ma destination. Sauf que voilà, je ne suis plus très sûr de me souvenir de la route qui me conduit vers "mon parking". Il faut savoir que j'associe Louvain-la-Neuve à une sorte de cité romaine qui aurait été revue et corrigée par Martin Scorsese afin d'y tourner un remake du mythe de Thésée mais sans Ariane et sa machine à coudre! Un abominable dédale. Histoire de ne pas devoir compter sur mon sens de l'orientation, comparable à celui d'un ornithorynque (ou d'une poule, parce que, elle non plus n'a pas vraiment le sens de l'orientation mais j'avais vraiment envie de placer le mot "ornithorynque"), je me suis confectionné un petit parcours qu'il est impératif de ne pas modifier. Sous aucun prétexte. Ce qui inclut le fait de ne pas changer de parking, "mon parking". Jamais...
Sans iPhone, je ne peux pas vérifier le nom du parking! Je me dirige donc dans une mauvaise direction, suivant un GPS dont la fiabilité est hautement critiquable et dont la voix ressemble à celle de Sophie Marceau (dont la fiabilité est également hautement critiquable). Comprenant qu'il s'agit là du début d'un mauvais cauchemar, je sors l'Ancêtre pour prévenir ma collègue que, perdu dans la ville, j'aurai probablement du retard. Je tape mon message SMS, circulant fébrilement dans les petites rues, en utilisant le T9 (voir Chronique du Jour 5) qui me propose "L'ausch to rdv ff revart smssy". Complètement dépité, j'envoie le message avec la profonde conviction que l'iPhone de ma collègue parviendra bien à comprendre mon désarroi et à en faire une fidèle traduction (ou pas...). Fatigué de passer pour la 3ème fois devant un étudiant calotté qui vomit (manifestement avec une impressionnante productivité), je m'installe dans le premier parking qui passe. A la grâce de Dieu!
Je m'engouffre alors dans la cité estudiantine, sans pouvoir lancer l'application "Plan" sur mon iPhone (puisque je n'ai pas d'iPhone... au cas où certains n'auraient pas encore tout à fait capté le concept). J'effectue alors quelques trajets erratiques dans l'une ou l'autre direction, essayant de garder ma contenance mais définitivement incapable de me repérer. J'augmente alors mon quota de moments de solitude en abordant une étudiante. Je lui indique que je dois me rendre dans le bâtiment principal de l'Université de Louvain mais que je ne me souviens plus du nom de la place (qui se trouve dans mon iPhone qui... mais j'évite ce passage malheureux de mon existence, la pauvre doit déjà me trouver suffisamment pathétique). Son grand sourire précède un signe de la main accompagné de la phrase: "Place de l'Université... C'est par là, monsieur". Je prends alors conscience de deux réalités stupéfiantes: d'abord, mon cerveau est incapable de cristalliser le lien entre "Université" et "Place de l'Université"; ensuite, les étudiants m'appellent désormais Monsieur. Je vis un véritable drame ontologique.
J'arrive enfin face au grand bâtiment... sans me souvenir du nom de la salle où a lieu la réunion! Mais quelle utilité de retenir ce genre de chose quand l'iPhone serait presque tenté de vous y téléporter? J'envoie donc un ultime message à ma collègue, creusant définitivement le fossé de ma honte, pour obtenir le nom de ma destination finale. Ne parvenant pas à régler le conflit existentiel qui semble persister entre le T9 et moi, j'opte pour une rédaction classique et me crée une 3ème ampoule au pouce. Enfin, j'entre dans la salle de réunion avec un retard considérable ce qui ne semble perturber personne et me rappelle que, avec ou sans iPhone, je suis quand même toujours en retard.
Le coup de grâce m'est porté par une adorable collègue au moment où je lui demande: "Tiens, pas de wifi ici?" et qu'elle me répond: "Non mais il y a la 3G donc avec l'iPhone ça va". Non mais qu'est-ce que c'est que ce sectarisme inadmissible! Et les gens qui n'en ont pas d'iPhone, hein? Ils font comment? Ils fabriquent une antenne wifi avec les petites cuillères en plastique et la branche directement sur leur walkman?
J'ai participé à la réunion comme j'ai pu, perdu dans quelques divagations mais sans penser à "l'après". Ce fameux "après" qui impliquait que je sorte sur la fabuleuse place de l'université en me rendant compte que j'allais devoir retrouver le chemin du parking où j'étais garé et que j'allais devoir le faire à l'ancienne, à la dure. Sans indice. Sans carte. Sans boussole.
Sans iPhone.
jeudi 18 octobre 2012
Chroniques plaintives d'un homme sans son iPhone. Jour 8 : La paranoïa
Le 8ème jour a été terriblement angoissant. C'est le moment du sevrage où l'on commence à s'habituer à l'absence sans être complètement sorti d'affaire. Une sorte d'état psychotique caractérisé par une profonde détresse, mêlée d'une étrange paranoïa. Être ou ne pas être... sans son iPhone... telle était ma question...
Je me suis réveillé dans les horribles sueurs d'un vilain cauchemar qui me plongeait dans les abysses d'un monde où Kelly (la vendeuse de chez Mobistar Charleroi qui trouvait que j'avais une gueule de dauphin... je résume hein...) m'avait annoncé que mon iPhone avait été perdu et que jamais, JAMAIS il ne m'en reviendrait un autre. Par précaution, je vous passe la suite du cauchemar (qui impliquait notamment Kelly et une demi douzaine de parpaings...).
Quand je suis sorti de la maison, encore sous le choc de cette affreuse illusion, j'ai croisé un groupe d'étudiants, tout proche de ma voiture, en train de roucouler devant un iPhone 5 tout neuf. Ils m'ont regardé avec du mépris dans les yeux! Si! Je l'ai senti! Et ils disaient: "Han! Regarde le looser là! Pfff! Il a pas d'iPhone". Je me suis enfui. Démarrage en trombe. Loin des mes yeux, satan! Et comme si cela ne suffisait pas, le gentil présentateur de la radio annonce un fabuleux concours dont le premier prix est, je vous le donne en mille... un iPhone 5!
Pris de convulsions, je me décide alors de brancher ma playlist "Rester zen quand on a plus d'iPhone" composée de morceaux de Enya, de Richard Clayderman et de quelques extraits de la compilation Douwe Egbert "Ontspanning en relaxie" (oui, chez moi, les CD Douwe Egbert sont toujours en néerlandais, allez comprendre!). A peine parviens-je à trouver un peu de sérénité qu'un énorme panneau publicitaire sur l'autoroute me hurle que l'iPhone 5 est à présent disponible dans votre magasin Mobistar.
Je me mets alors à délirer. Qui sont ces gens qui me torturent? Suis-je dans un remake du Truman Show? Des téléspectateurs sont-ils en train de m'observer dans ma détresse? Qu'est-ce qui m'attend au tournant? A mon arrivée au boulot, y aura-t-il de minuscules Oopa Loompas avec d'énormes costumes d'iPhone qui me chanteront une chanson pénible? Mon coeur s'agite.
La journée se passe bien jusqu'à ce que je reçoive un message SMS exclusivement composé de carrés. Interloqué, je renvoie à mon destinataire une marque d'étonnement. J'ai alors droit à : "Ben quoi? T'as désinstallé les émoticônes de ton iPhone?". Je ne prends pas la peine de répondre et, après avoir avalé mon duo gagnant Xanax-Prozac, je me décide à aller au sport pour courir un peu.
A la salle de sport, je me défoule alors sur mon tapis de course. Mes oreillettes sont reliées à mon vieil ami l'iPod Touch dont la batterie est complètement déchargée et qui ne sert donc à rien d'autre qu'à indiquer au tout venant que j'ai juste envie que l'on me fiche la paix. Un brave blondinet qui courait juste à côté ne semble pas comprendre. Il m'adresse un petit signe auquel je me décide à répondre malgré mon humeur du jour. Sait-on jamais. S'engage alors une pseudo discussion très urbaine tournant autour des habituels "Vous êtes nouveaux? Vous aimez courir? Vous avez un objectif?" et bla bla bla que je passe le temps comme je peux. C'est au détour d'une phrase anodine que se découvre l'effronté...
Le petit être sort de sa poche un iPhone et m'explique, avec les intentions les plus louables, qu'il est très agréable de pouvoir suivre sa progression avec ce genre d'appareil, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ne sachant pas comment réagir (et voyant mon rythme cardiaque dépasser les 170), je reste muet de déconvenue. Pauvre ignorant, l'homme se permet alors de fixer mon Ancêtre et de lancer, avec un sourire moqueur: "Ah, c'est pas avec ça que ce serait possible".
C'en était trop! Il fallait que ça s'arrête. Je voulais ma vengeance. C'est ainsi que j'ai rassemblé toute l'impudence du fond de mes entrailles, tout le dédain enfoui en moi. Je lui ai tendu mon bras pour qu'il fixe mon poignet et voit mon bracelet Nike+ FuelBand (C'est quoi un Nike+ FuelBand? Tout est ici). Et de lui dire: "Oh, pas besoin de ça. Avec mon FuelBand je n'ai même plus besoin d'un iPhone pour suivre mes performances...". J'ai vu sa mine déconfite s'abattre sur cette petite pièce de technologie et baver d'admiration. J'ai mis la cerise sur le gâteau lorsqu'à la question "On trouve ça où?", j'ai pu répondre: "Oh, on ne le vend qu'aux Etats-Unis pour l'instant, je l'ai ramené de mon dernier voyage à New-York". Et tac! Dans les dents Forest Gump!
Moi, j'ai un bracelet Nike+ Fuel Band, j'ai pas d'iPhone, et je t'emmerde.
Voilà.
PS: Et arrêtez de me regarder comme ça. Non mais ho!
Je me suis réveillé dans les horribles sueurs d'un vilain cauchemar qui me plongeait dans les abysses d'un monde où Kelly (la vendeuse de chez Mobistar Charleroi qui trouvait que j'avais une gueule de dauphin... je résume hein...) m'avait annoncé que mon iPhone avait été perdu et que jamais, JAMAIS il ne m'en reviendrait un autre. Par précaution, je vous passe la suite du cauchemar (qui impliquait notamment Kelly et une demi douzaine de parpaings...).
Quand je suis sorti de la maison, encore sous le choc de cette affreuse illusion, j'ai croisé un groupe d'étudiants, tout proche de ma voiture, en train de roucouler devant un iPhone 5 tout neuf. Ils m'ont regardé avec du mépris dans les yeux! Si! Je l'ai senti! Et ils disaient: "Han! Regarde le looser là! Pfff! Il a pas d'iPhone". Je me suis enfui. Démarrage en trombe. Loin des mes yeux, satan! Et comme si cela ne suffisait pas, le gentil présentateur de la radio annonce un fabuleux concours dont le premier prix est, je vous le donne en mille... un iPhone 5!
Pris de convulsions, je me décide alors de brancher ma playlist "Rester zen quand on a plus d'iPhone" composée de morceaux de Enya, de Richard Clayderman et de quelques extraits de la compilation Douwe Egbert "Ontspanning en relaxie" (oui, chez moi, les CD Douwe Egbert sont toujours en néerlandais, allez comprendre!). A peine parviens-je à trouver un peu de sérénité qu'un énorme panneau publicitaire sur l'autoroute me hurle que l'iPhone 5 est à présent disponible dans votre magasin Mobistar.
Je me mets alors à délirer. Qui sont ces gens qui me torturent? Suis-je dans un remake du Truman Show? Des téléspectateurs sont-ils en train de m'observer dans ma détresse? Qu'est-ce qui m'attend au tournant? A mon arrivée au boulot, y aura-t-il de minuscules Oopa Loompas avec d'énormes costumes d'iPhone qui me chanteront une chanson pénible? Mon coeur s'agite.
La journée se passe bien jusqu'à ce que je reçoive un message SMS exclusivement composé de carrés. Interloqué, je renvoie à mon destinataire une marque d'étonnement. J'ai alors droit à : "Ben quoi? T'as désinstallé les émoticônes de ton iPhone?". Je ne prends pas la peine de répondre et, après avoir avalé mon duo gagnant Xanax-Prozac, je me décide à aller au sport pour courir un peu.
A la salle de sport, je me défoule alors sur mon tapis de course. Mes oreillettes sont reliées à mon vieil ami l'iPod Touch dont la batterie est complètement déchargée et qui ne sert donc à rien d'autre qu'à indiquer au tout venant que j'ai juste envie que l'on me fiche la paix. Un brave blondinet qui courait juste à côté ne semble pas comprendre. Il m'adresse un petit signe auquel je me décide à répondre malgré mon humeur du jour. Sait-on jamais. S'engage alors une pseudo discussion très urbaine tournant autour des habituels "Vous êtes nouveaux? Vous aimez courir? Vous avez un objectif?" et bla bla bla que je passe le temps comme je peux. C'est au détour d'une phrase anodine que se découvre l'effronté...
Le petit être sort de sa poche un iPhone et m'explique, avec les intentions les plus louables, qu'il est très agréable de pouvoir suivre sa progression avec ce genre d'appareil, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ne sachant pas comment réagir (et voyant mon rythme cardiaque dépasser les 170), je reste muet de déconvenue. Pauvre ignorant, l'homme se permet alors de fixer mon Ancêtre et de lancer, avec un sourire moqueur: "Ah, c'est pas avec ça que ce serait possible".
C'en était trop! Il fallait que ça s'arrête. Je voulais ma vengeance. C'est ainsi que j'ai rassemblé toute l'impudence du fond de mes entrailles, tout le dédain enfoui en moi. Je lui ai tendu mon bras pour qu'il fixe mon poignet et voit mon bracelet Nike+ FuelBand (C'est quoi un Nike+ FuelBand? Tout est ici). Et de lui dire: "Oh, pas besoin de ça. Avec mon FuelBand je n'ai même plus besoin d'un iPhone pour suivre mes performances...". J'ai vu sa mine déconfite s'abattre sur cette petite pièce de technologie et baver d'admiration. J'ai mis la cerise sur le gâteau lorsqu'à la question "On trouve ça où?", j'ai pu répondre: "Oh, on ne le vend qu'aux Etats-Unis pour l'instant, je l'ai ramené de mon dernier voyage à New-York". Et tac! Dans les dents Forest Gump!
Moi, j'ai un bracelet Nike+ Fuel Band, j'ai pas d'iPhone, et je t'emmerde.
Voilà.
PS: Et arrêtez de me regarder comme ça. Non mais ho!
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